Dick Tracy, de Warren Beatty

Lors d’une des premières scènes du film Dick Tracy, nous nous retrouvons dans une salle emplie de gangsters dont les faciès sont tous plus épouvantables les uns que les autres ; l’un d’eux, doté d’une tête démesurée se fait appeler par les autres « petite tête ». On remarque alors que le réalisateur n’a pas opté pour une démarche réaliste ; tous les méchants portent des masques déformant leurs traits; les décors semblent être en carton, et les larges plans sur la ville ne cherchent pas à donner l’illusion de se trouver dans une métropole mais plutôt à créer une ambiance, à faire ressentir l’environnement comme partie importante de l’histoire.

Dick Tracy  nous plonge donc dès son commencement dans un univers très stylisé, où le mal se lit sur les visages des brigands tandis que la bonté accompagne l’apparence des gentils. Big Boy Caprice, l’un des antagonistes principaux du film, est donc bossu, laid, son visage ne gardant absolument rien du charme que peut avoir celui d’Al Pacino, son interprète. Madonna, incarnant la femme fatale Bresthless Mahoney, sera toujours vêtue de robes plutôt osées tandis que Tess Trueheart, dans un rôle de gentille fille, sera habillée de manière bien plus sage. De cette manière, chaque personnage représente un archétype en accord avec son apparence, mais aussi avec son nom. Ainsi Big Boy Caprice a d’enfantin sa puérilité et son ego démesuré.

Ce procédé a l’avantage de nous faire rentrer dans l’univers de la bande dessinée d’origine, univers forcément très manichéen avec des méchants infâmes et des gentils valeureux. Dick Tracy est donc un héros sans véritable défaut. Il est intelligent, droit, juste, et il refuserait même le poste de président sous prétexte qu’un « job de bureau » ne servirait à rien contre le crime, preuve qu’il est fondamentalement dévoué aux autres.

Tout ceci, renforcé par des couleurs très saturées – à l’instar du comics original – et des séquences évoquant fortement celles d’une bande dessinée, nous fait bien rentrer dans cet univers cartoonesque.

Cependant, si cet univers fait la force et la beauté esthétique du film, il en est aussi la principale faiblesse. L’histoire est très basique, accumulant les clichés et les rebondissements faciles, et les personnages sont parfois trop proche de la caricature. Si Al Pacino est jouissif en parrain bête et méchant, Warren Beatty est un peu fade en détective sans peur et sans reproche.

 Dick Tracy, s’il est loin d’être un chef-d’œuvre de par son manque de finesse, n’en demeure donc pas moins un excellent divertissement ainsi qu’une véritable réussite visuelle.

Boris Gétaz, UNIL

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