Dick Tracy, de Warren Beatty

Dessin animé, film où bande dessinée, telle pourrait être l’interrogation du spectateur dès les premières minutes de Dick Tracy, tout de suite séduit par une quantité de plans fixes plus originaux les uns que les autres. C’est un nouveau monde qui s’ouvre à lui, très semblable au nôtre, à cela près que chaque objet, chaque maison, chaque détail est bel et bien sorti de l’esprit d’un scénariste et rien ne se retrouve tel quel dans la réalité. Dick Tracy réussit le miracle graphique de mélanger la bande dessinée au cinéma par des touches subtiles qui semblent sorties d’une vignette, comme les effets de la pénombre sur les bandits en embuscade, les têtes caricaturales des malfrats, les rixes, ou encore les décors simples et épurés d’une New York imaginaire que ne renierait pas Hergé.

Malheureusement, contrairement aux BD, cette simplicité se retrouve aussi dans le scénario qui est linéaire et prévisible. De plus, bien que le film tente de parodier les histoires de policiers contre voleurs, les trois héros (Dick, Kid  et Tess) du film sont

aussi à l’image du scénario, sans relief. Leur problème est qu’ils ne se différencient aucunement des héros qu’ils tentent de tourner en dérision et n’apportent rien de nouveau au genre, ils donnent l’impression d’exécuter une marche à suivre dépassée et surexploitée par Hollywood. Ce travers a pour conséquence d’ennuyer le spectateur qui devine le dénouement du film dès les dix premières minutes.

Heureusement, les gangsters pourchassés par Dick Tracy tout au long du film sont là pour sauver la mise. Ils sont drôles, eux, et parodient à merveille leurs aînés, avec Al Pacino en tête de liste jouant le rôle d’un baron du crime insatiable et méchant. Avec sa tête artificiellement boursouflée et ses répliques abracadabrantes, il séduit tout de suite, escamotant le fade Dick Tracy. Il en va de même pour ses acolytes truands et surtout pour Madonna qui apporte un peu de tension au film en se glissant dans la peau d’une chanteuse mystérieuse avec une aisance rare. Dommage que les scènes où ces délicieux personnages apparaissent ne soient pas les plus nombreuses.

Alors que les possibilités offertes par la BD sont très bien utilisées, celles du cinéma sont réduites au plus strict minimum, et l’on se retrouve avec un film à double tranchant, inédit, drôle et sublime pour les sujets traités de la manière BD (les gangsters, la ville…) et ennuyeux en ce qui concerne le scénario et les personnages édulcorés que sont les « héros ».

Charles Capré, EPFL

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