Dick Tracy, de Warren Beatty

Dick Tracy est un film de Warren Beatty, qui adapte la bande dessinée éponyme de Chester Gould, au cinéma. Cela en 1990. Cette date est à retenir car elle indique une chose, le film a été fait avant l’apparition du numérique. Par conséquent, une question dut s’imposer: comment transposer la bande dessinée au cinéma de manière efficace ? Sans rester uniquement, ni dans le cinéma d’animation, ni dans un film étiqueté « d’après » et qui s’inspirerait de la BD comme d’une oeuvre littéraire, purement du contenu. Les difficultés étaient présentes mais le rendu final  convaincant. Beatty a opéré d’une part sur les décors de deux manières différentes, ainsi que sur les personnages.

En ce qui concerne les décors, il s’est bien sûr doté de planches peintes immobiles pour les plans panoramiques, qui maintiennent l’ambiance dans ces tons chauds de fin d’après-midi. A noter que le régisseur n’employa que sept couleurs pour la réalisation de ce film. En outre, certaines scènes sont soutenues par des objets, comme la chaudière censée emporter Dick Tracy dans son explosion, qui sont stylisés comme des jouets et dont on pourrait croire qu’ils sont en pâte à modeler. Cela permet de saisir l’environnement de son film dans un halo qui évoque finement l’art du cartoon.

Dans ces décors, il fallut inscrire des personnages. Ceux-là sont costumés et masqués, dignes du théâtre d’Omar Porras, où le corps, sujet à de semblables attributions, a une importance majeure sur scène. De la même manière, Beatty y fait surgir des personnages qui ressemblent à ceux de la bande dessinée en invoquant cette part de merveilleux qui enveloppe les héros, sans les réduire à une imitation grossière de quelques principaux traits caractéristiques. Car comme le souligne Matthieu Loewer, dans Le Courrier du 11.09.2010, la BD s’accommode mal du réalisme cinématographique – la cape majestueuse des super héros pendouille lamentablement – et transposer un style graphique à l’écran sera toujours une gageure. Le résultat est même meilleur que dans certains films plus récents comme L’Anglaise et le Duc d’Eric Rohmer (2001), où les décors ont été entièrement reconstruits grâce à trente-sept tableaux d’époque, afin d’imager un Paris de fin XVIIIe qui soit fidèle. Les acteurs, jouant sur fond vert, sont ensuite intégrés aux peintures par informatique. Le film est beau mais n’atteint pas une unité, comme dans Dick Tracy, où décors et figurants se fondent l’un dans l’autre.

De plus, les personnages sont munis des stéréotypes des plus flagrants, que l’on attribue en général aux personnages fictifs et qui rendent ainsi le film moins « plausible ». Du reste, ces traits sont tellement marqués qu’ils auraient mal passé dans un film policier standard. Ils ne deviennent drôles justement que parce qu’ils sont mis en forme avec une telle réalisation graphique, qui force l’allusion à la bande dessinée.

Dick Tracy est un tour de force : parce  qu’on y voit, liés habilement, esthétique et stéréotypes de bande dessinée, pour extraire tout le bien possible d’un scénario finalement très banal.

Elia Dietler, ETHZ

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