Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois

Le dernier film de Xavier Beauvois, Des hommes et des dieux, reprend un événement tragique et encore très mystérieux de l’histoire de la France et de l’Algérie. Le film ne tente pas d’établir la vérité sur l’identité des assassins mais plus de dépeindre la vie et le caractère des moines dans les mois qui ont précédé leur mort. Le film est construit en deux parties. La première décrit le quotidien des moines dans le monastère en lien avec le village voisin avant les premières menaces, alors que la deuxième partie nous montre les choix, l’anxiété, la peur et la détermination que les moines ressentent face aux menaces terroristes.

On remarque surtout une différence entre les plans de messe de la première et la deuxième partie. En  effet, au début ces messes sont toutes filmées en plan-séquence et toujours du même angle de vue, au premier rang dans l’allée centrale, alors que dans la deuxième moitié, les messes sont filmées depuis d’autres endroits de la chapelle et surtout depuis l’autel. Le choix de placer la caméra ainsi peut signifier que les moines appartiennent d’abord au monde humain pour ensuite faire partie du monde de(s) dieu(x), celui de l’au-delà peut-être. Ce n’est pas le seul indice que nous donne le réalisateur pour nous annoncer la fin tragique du film. Le dialogue entre le frère Luc et son aîné, le frère Amédée, est aussi prémonitoire. Cette phrase énoncée alors qu’il l’ausculte : « Tu nous enterreras tous ! », nous revient à la fin du film, lorsqu’on se rend compte que le frère Amédée est un des deux seuls survivants. 

On voit aussi dans le film un contraste très grand entre la vie dans le monastère et à l’extérieur. La plupart des scènes d’intérieur n’ont seules pistes sonores que les dialogue et les chants desoines alors qu’à l’extérieur on retrouve l’agitation de la foule et des sons forts et violents.

Remarquons par ailleurs que le film n’a qu’une seule scène comportant de la musique (il s’agit du Lac des Cygnes). Cette scène magnifiquement émouvante, qui aurait pu tomber dans le cliché, est appuyée pas le jeu des acteurs admirables, qui laisse des frissons même après la fin du film.

On peut enfin souligner la scène finale qui est assez subtilement réalisée. Xavier Beauvois  ne termine pas son film dans un bain de sang mais laisse le spectateur voir les moines et leurs geôliers disparaître dans la brume d’un paysage enneigé.

On peut finir en disant que ce film, le seul à ce jour qui traite de l’assassinat des moines de Tibhirine, est une belle leçon d’humanité qui nous laisse sans voix et qui mériterait d’être visionné dans un contexte actuel, entre les différentes sociétés et les religions. 

 

Tatiana Velasquez, 17 ans, Collège de Candolle, Genève

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One Response to Des hommes et des dieux, de Xavier Beauvois

  1. Un article sensible et argumenté. Bravo Tatiana !

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