When You’re Strange, de Tom Di Cillo

Le soleil se lève, la route est longue, à perte de vue, dans ce paysage désertique de l’Ouest américain : au volant de sa voiture, un personnage à la barbe, aux cheveux longs, entend la radio lui annoncer la mort de Jim Morrison, le célèbre chanteur des Doors. Sur son visage, la mélancolie : était-ce une de ses idoles ? Ce protagoniste réapparaît tout au long de When You’re Strange, tantôt roulant à vive allure, tantôt sortant d’une voiture accidentée, tantôt faisant de l’autostop, toujours sous le même horizon. 

C’est presque à la fin du film, au moment où, commentant des images d’archives, la voix de Johnny Depp annonce que le leader du groupe s’est laissé pousser la barbe, que l’on réalise soudain que ce voyageur est le chanteur lui-même. Le fait qu’il entende parler de sa propre disparition est-il une façon pour DiCillo de suggérer qu’il n’est pas mort du tout à ce moment-là, mais en fuite, pour échapper à sa condamnation ? Ou, plus symboliquement, qu’il est toujours en vie dans le coeur de ses fans ?

On se rend compte après coup, en lisant le dossier de presse, que les images de Jim sur l’autoroute proviennent d’un court métrage de 50 minutes daté de

1969 et réalisé par Morrison lui-même : HWY, An American  Pastoral ! L’alternance continuelle des documents d’archives, qui eux-mêmes ne suivent pas l’ordre chronologique, et des extraits de ce film contribue à nous interroger sur la personnalité de cet artiste. Qui est le vrai Jim ? Celui qui est révélé au travers d’archives historiques (qui en principe ne mentent pas !), ou celui qui est mis en scène dans la création cinématographique du chanteur ? Un personnage grossier, parfois sans cœur et insensible, presque constamment sous l’influence de l’alcool et de la drogue, ou celui qui n’hésite pas à s’arrêter sur l’autoroute pour couvrir le corps d’un chien mort ? D’autres séquences tirées de HWY, An American  Pastoral montrant un Jim heureux dans la nature, et particulièrement dans l’eau, les bras levé vers le ciel, comme purifié de tout son mal-être, renforcent cette image d’un être sensible, doux, spirituel.

Réel ? Idéalisé ? Le leader des Doors restera un personnage énigmatique jusqu’au bout. Sa vie aura-t-elle été une route déserte, ennuyeuse, monotone et sans issue, ou au contraire une ouverture sur une aube où tout semble encore possible, où ses dons de poète, de chanteur et même de cinéaste ont fait de lui une icône éternelle ?

Varinka Jobin, 23 ans

Cosette Wermeille, 19 ans

1MPC2, ESTER, La Chaux-de-Fonds

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