The Social Network, de David Fincher

Dans quel monde vivons-nous ? C’est une remarque de vieux con, je l’accorde. Mais c’est la première qui m’est venue à l’esprit après avoir assisté à la projection du retentissant The Social Network. Le film retrace les débuts du réseau Facebook sur le campus de Harvard et la fulgurante ascension de son créateur. Un propos pour le moins actuel, une histoire qui se laisse regarder et une esthétique pourléchée, que peut-on vouloir de plus ?

Cependant quelque chose ne tourne pas rond. Comme un manque d’adéquation entre le film et l’histoire traitée. David Fincher (Alien 3, Fight Club) réalise pourtant ici un bel objet. Dès le début, le ton est donné. Le film s’ouvre sur une altercation verbeuse et musclée entre Mark Zuckerberg (alias Jesse Eisenberg) et sa petite amie (alias Mara Rooney). Le ton est vif, les phrases tranchantes; pas besoin d’aller chercher très loin, la screwball comedy est passée par là. Dans la scène suivante, Mark  Zuckerberg traverse longuement le campus. Les plans se multiplient et se répondent dans leurs variétés de cadrage, imprimant un rythme et une cadence à l’image et au récit, augurant du rythme général, effectivement effréné. Ce ne sont que des exemples qui rendent compte de la qualité visuelle du travail de Fincher.

Pour ce qui est du fond, le film présente une génération de jeunes loups aux dents longues, pressée d’étudier pour réussir et pressée de réussir pour être reconnue. Tout se déroule pour tout le monde dans la froideur de l’esprit de réussite.

Plus question de parler des pauvres geeks. Ils semblent prendre leur revanche et créer un monde bien à eux où tout semble sympathique. Ainsi, de l’amical Facebook à Google et à sa politique d’entreprise bon enfant, il n’y a qu’un pas. Mais qui se rappelle que tout ceci n’est que du business ? Que sous des apparences progressistes et sympathiques, l’argent reste le seul enjeu ?

Au final, le film semble s’inscrire dans la continuité; la sienne tout d’abord, en étant un rien complaisant, puis dans celle du cinéma dominant. En effet David Fincher à qui l’on prête parfois la réputation d’un outsider d’Hollywood, n’en reste pas moins un réalisateur pragmatique dont la liberté de manœuvre et le talent artistique s’arrêtent au seuil du niveau de rentabilité. Le scénario est imprégné de la culture américaine issue des séries télévisées. Celles-ci, à force de répéter les mêmes choses, tendent à créer de toutes pièces une réalité à part entière : on a tous à l’esprit les images des spring breaks, des virées californiennes et des soirées autour de la piscine accompagnés des sempiternels gobelets rouges. The Social Network ne rompt pas avec le monde qu’il semble critiquer, bien au contraire, il ne semble être qu’une pierre de l’édifice.

Brian Favre, 20, UNIL

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