The Social Network, de David Fincher

On ne se fait pas 500 millions d’amis dans se faire quelques ennemis“, ainsi s’achève le récit de la genèse de Facebook.

Contrairement à bien des spectateurs, je ne trouve pas le personnage de Mark Zuckerberg antipathique, ni sympathique d’ailleurs.

C’est un geek, un génie un peu autiste, asocial, ambitieux, crevant d’envie de faire partie des cercles les plus élitistes, pas très honnête, et très imbu de sa supériorité. Un inventeur, aussi, qui sait prendre les bases là où elles existent et les recycler et améliorer avec un génie indéniable. Que ceux qui auraient ses capacités et n’auraient jamais triché lui jettent la première pierre …. s’il y en a !

La création de Thefacebook est racontée en flash back, le moment présent étant celui des procès intentés à Zuckerberg par son ami et associé de la première heure, Eduardo Saverin d’une part, et par les jumeaux Winklevoss et leur associé Divya Narendra d’autre part, auxquels il “emprunta” leur concept pour en faire son bébé à lui. Si Facebook n’avait pas été un succès planétaire et une mine d’or, la pratique de Zuckerberg aurait passé inaperçue, ou presque. Comme je le suggérais plus haut, Internet a banalisé le vol intellectuel, tout le monde le sait… Mais comme il s’agissait de millions, de milliards de dollars, cela ne pouvait pas se passer comme ça ! 

Le film traite les débuts de Facebook, de 2003 à 2004, et une chose me frappe : le piratage de fichiers à l’intérieur des campus semble une pratique absolument pas répréhensible. On reproche à Zuckerberg d’avoir surchargé et bloqué le serveur de Harvard. Les choses semblent s’être déclenchées à une telle vitesse que très vite, ce sont les membres qui de leur plein gré déversaient les informations personnelles, pas question de vol, donc !

Le film a pour titre The Social Network, il ne s’appelle pas tout bêtement Facebook, mais j’ai cru reconnaître les couleurs et le graphisme du site : lettres blanches sur fond bleu. The Social Network est une libre adaptation du livre-enquête de Ben Mezrich : The Accidental Billionaires : The Founding of Facebook, A Tale of Sex, Money, Genius and Betrayal (2009, ISBN 0385529376).

The Social Network offre quelques joutes verbales brillantes, comme celles de la première scène où Zuckerberg et sa petite amie se battent verbalement comme deux adversaires sur le court de tennis. C’est de la cruelle déception d’avoir été largué par une fille que serait née l’idée de Facebook, genèse lourdement misogyne ! L’envie de se venger pousse Zuckerberg à insulter la fille sur son blog, puis à affiner et développer ses armes en élaborant un réseau social interne se différenciant des sites de rencontres et permettant, dans un premier temps, aux mâles  d’élire la fille la plus canon, puis, peu à peu, à tous les membres inscrits de dire tout ce qu’ils ont envie de  révéler sur eux-mêmes et sur les autres.

Le casting est juste parfait ! Jesse Eisenberg (Zuckerberg) est prodigieux : arrogant, suffisant, marginal au débit sec et froid, collègue anarchique. il joue son geek à la perfection. L’acteur Armie Hammer qui a prêté son visage aux deux jumeaux Winklevoss est beau comme un dieu, et a une voix superbe. Vivement qu’on le retrouve au cinéma.

The Social Network dépeint le comportement arrogant de jeunes surdoués ambitieux et rebelles comme Mark Zuckerberg ou Sean Parker (créateur de Napster), enchantés de faire la nique au système (il n’y a qu’à penser aux cartes de visite de Zuckerberg : « I’m CEO, bitch ! ») et de voir les capitaux pleuvoir dans leur direction. Certes, ils ne crachent pas sur les milliards, mais faire fortune n’est pas leur priorité. Leur priorité, c’est d’être les meilleurs, d’être des dieux, et en cela, Zuckerberg est fidèle à lui-même d’un bout à l’autre de sa carrière : il rêvait de faire partie des sociétés d’étudiants les plus huppées (Le Porcellian, Le Phoenix), d’intégrer les “Final Clubs”, les milieux élitistes, il a fait bien mieux.

À défaut d’avoir rejoint le Porcellian, il a réussi à forcer les portes des universités les plus cotées au monde et d’y introduire Facebook. Et qui sait, le milliardaire Zuckerberg est peut-être devenu membre du Porcellian grâce à une donation généreuse ?

Est-il besoin de le dire ? J’ai adoré ce film.

Vanessa Emery, 21, étudiante UNIL

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