Yoyo, de Pierre Etaix

Les choses exceptionnelles ne sont pas intéressantes. Il faut partir des choses simples, quotidiennes, puis construire des histoires ».

C’est ainsi que Pierre Etaix s’est exprimé à la soirée organisée par la Cinémathèque de Lausanne au Capitole. Il nous a présenté le court métrage « En pleine forme » et le long-métrage « Yoyo », avec un petit spectacle d’illusionnisme avant la projection.

 Dans la première scène du long métrage, un homme très riche  marche dans le couloir d’un château avec un yoyo dans la main. Il en joue, mais n’arrive pas à bien l’utiliser. Depuis le début, on s’aperçoit que cet homme, bien qu’il puisse faire ce qu’il veut, est l’esclave de ses serviteurs. Il commande à manger, et dix serviteurs apparaissent pour l’enchaîner à la

table du dîner. Il veut balader son chien, et les serviteurs lui préparent une voiture pour la balade. Il désire quelque chose au milieu de la forêt et un serviteur débouche tout d’un coup d’un buisson et se met à sa disposition. Il peut tout, il ne peut rien.

Les seuls moments où il se sent libre, c’est dans son bureau quand, enfin seul, il peut contempler la photo d’une femme. Ces moments reviennent comme un leitmotiv et ils nous font à la fois sourire et rêver.

Un beau jour, l’homme voit, de sa fenêtre, les caravanes d’un cirque dans son jardin. Il demande une représentation et les clowns la mettent en place. Dans le spectacle, il reconnaît son ex-femme, qui le rejette tout d’abord, puis l’accepte et lui présente leur enfant, leur fils, Yoyo. L’homme est ému d’avoir un enfant, et lui offre son jouet, le yoyo.

Mais ce n’est que plus tard, en 1929, que l’homme, ruiné, quitte enfin le château et part en tournée avec sa femme et son petit Yoyo. Le nouveau père est enfin libre, et respire le bonheur du voyage.

Les images nous communiquent beaucoup de fraîcheur et de légèreté. Par exemple, il y a une image avec des toits au premier plan et une cheminée en deuxième plan qui commence à se déplacer. La caméra bouge et les maisons qui étaient au premier plan cèdent la place à une caravane sortant du deuxième plan. On découvre alors que la cheminée appartient à la caravane et pas à un toit de maison.

Plus tard, toujours dans le voyage, le père passe les cigarettes à sa femme (à l’arrière de la roulotte), tout en restant au

volant de la voiture : pour les faire parvenir  dans la roulotte derrière, le père passe le volant à Yoyo et met les cigarettes sur un petit pieu planté sur le côté de la route. Comme la roulotte avance, la mère de Yoyo se trouve à la hauteur du pieu et récupère les cigarettes. Pour les rendre à son mari, elle pose le paquet sur le chapeau d’un cycliste qui remonte le petit convoi. Le cycliste va plus vite que la caravane et quand il arrive à la hauteur du volant, le père de Yoyo récupère le paquet !

Ces scènes de voyage nous révèlent un grand artiste qui produit un monde à sa guise, qui lui ressemble beaucoup. Le film réfléchit bien l’esprit du clown Pierre Etaix qui joue avec le spectateur du film exactement comment il joue avec le public dans ses jeux d’illusionniste. C’est un blagueur, c’est un enfant qui t’emmène dans son monde avec beaucoup d’optimisme.

Ses histoires sont très simples et l’on a l’impression que ce qui le meut, c’est l’amour, ou en tout cas, la ferme conviction que l’homme est bon et qu’il mérite ce chef-d’œuvre plein de sentiments. Merci.

Filippo Dimarchi, 20, étudiant ECAL

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