Yoyo, de Pierre Etaix

C’est en 1925 que débute cette histoire ou, devrait-on dire, que débutent ces histoires. En effet, outre les péripéties de Yoyo et de son père, ce sont aussi celles de presque un demi-siècle d’humanité que nous allons découvrir, le tout à travers les yeux d’un clown, j’ai nommé, Pierre Etaix. Amoureux du cirque, du music-hall, du cinéma muet à la Chaplin, de l’univers du spectacle en général, ce sont autant d’influence que l’on peut apprécier dans Yoyo.

La première partie du film est muette. On y découvre la vie d’un homme riche au milieu d’une horde de domestiques. Blasé, il ne s’amuse plus de rien et n’a d’yeux que pour une femme dont on suppose que dans sa jeunesse, il fut son amant. Lassé de tout, ce riche personnage a perdu toutes ses capacités de s’émerveiller. Du yoyo avec lequel on le voit jouer – sans pour autant s’amuser – dans la première scène, aux plaisirs sensuels lorsqu’il assiste à un spectacle mêlant musique et séduisantes danseuses, en passant par les promenades dans son parc, rien de tout cela ne parvient à le défaire de son ennui.

C’est alors qu’un cirque passe par là. Avec lui, apparaissent la femme qu’il aime et son fils dont il ignorait l’existence. Les mimiques, la gestuelle des personnages, les situations dans lesquelles ils se trouvent ainsi que les bruitages pour la partie muette du film nous plongent dans un humour savoureusement burlesque et absurde.

D’autre part, les différents événements auxquels on assiste, tels que la crise de 1929, la Deuxième Guerre Mondiale ou la démocratisation de la télévision, ajoutent une dimension critique au film. Sans occulter la gravité de ces épisodes, certains aspects sont tournés à la dérision, comme pour singer l’attitude d’un monde décadent qui se prend trop au sérieux.

Dans la deuxième partie, le cinéma devient parlant et la crise économique fait rage partout dans le monde. Les banquiers se jettent du haut des immeubles les uns après les autres. Au sol, un homme tente d’éviter de s’en ramasser un sur la tête ! Notre riche personnage, quant à lui, n’aura pas la joie de mettre fin à ses jours, puisque la chaise qu’il voulait utiliser pour atteindre la corde pour se pendre lui est confisquée par un huissier ! En apparence il a tout perdu. C’est pourtant gagnant qu’il va ressortir de ce marasme. Il perd ses domestiques et sa richesse, mais gagne une vie pleine de gags et de découvertes, parcourant les routes avec son fils et sa bien- aimée pour donner des spectacles.

Tout est plaisir, chaque situation est une occasion de jouer, le fils conduit la voiture, le père passe les cigarettes à la mère en les posant sur un piquet au bord de la route, puis le paquet lui revient sur le chapeau d’un cycliste. On a vraiment l’impression de vivre un rêve fantastique, le rêve d’un enfant où tout est jeu. C’est un hymne à la simplicité et au rire.

Yoyo grandit et se met à voler de ses propres ailes. Après la Deuxième Guerre Mondiale, sa renommée ne cesse de grandir grâce à la télévision qui prend de plus en plus d’importance. Pierre Etaix n’aime pas la télévision, du moins, il n’aime pas ce qui en a été fait.

Dans une scène, Yoyo joue du violon pour le client d’un café espérant, en vain, collecter un peu de monnaie. Le plan se rétrécit pour prendre la forme et la petitesse d’un écran de télévision, Yoyo semble alors prisonnier de cette boîte.

Parallèlement, les moyens de communications pullulent, tout devient plus rapide et Yoyo, que son succès a transformé en riche homme d’affaires, croule sous les rendez-vous. On sent que ce monde n’est pas le sien. Particulièrement lorsqu’il donne une réception dans le château de son père qu’il a restauré. Les gens qui s’y trouvent ne l’intéressent pas, il n’attend que la venue de celle qu’il aime et de ses parents. Ceux-ci viennent mais refusent de se joindre aux invités et repartent dans leur caravane. C’est à ce moment que Yoyo prend conscience de sa vraie nature, il retrouve son esprit d’enfant, cette joyeuse insouciance.

Et c’est finalement sur le dos de l’éléphant qui, déjà lorsqu’il était enfant et dans ce même château, l’avait sauvé d’une situation inconfortable, qu’il retrouve sa liberté.

Yoyo est un vrai petit bijou. Léger et drôle, il critique avec humour l’ivresse du pouvoir et de l’argent et fait l’apologie de l’homme curieux, créatif et libre.

Vincent Trunde, 22, artisan chocolatier

Advertisements
This entry was posted in TJC Lausanne. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s