Yoyo, de Pierre Etaix

Une agréable surprise m’attendait mercredi soir au Capitole, où j’ai eu la chance de rencontrer le célèbre Pierre Etaix et eu ainsi l’occasion de découvrir son chef-d’œuvre.

Dessinateur de formation, il n’aurait jamais imaginé faire du cinéma. Ce n’est qu’après avoir travaillé avec Jacques Tati, qu’il s’y est intéressé et a appris à l’aimer. Il a ainsi réalisé son premier court métrage, où l’on peut deviner l’influence de Jacques Tati (particulièrement à travers les bruitages). Dans « Yoyo », Pierre Etaix fait plusieurs références à deux de ses idoles, Buster Keaton et Charlie Chaplin, et joue une multitude de rôles : car « ça l’amuse », mais il dira pourtant « qu’il a appris à tout faire, sauf jouer la comédie ». Cela révèle déjà sa modestie, et sa discrétion.

Le film « Yoyo » dévoile certains éléments autobiographiques, et rend hommage au monde du cirque ; tout particulièrement aux clowns qui l’ont toujours fascinés. Il a voulu montrer, à travers ce long métrage, un aspect de ce monde, le plus proche de la réalité possible. Et a ainsi voulu que chacun y trouve un point commun, quelque chose qui le ramène à l’enfance. Le cirque est très présent, si l’on prend l’exemple des animaux, : on peut voir apparaître, tout au long de l’histoire, un singe, un lapin, un chien, un poisson, un cheval … et le plus important : un éléphant ! Un éléphant que le cinéaste considère comme une personne (lorsqu’il parle de Siam, il parle d’un acteur et non d’un animal).

Ce qu’il y a également de très intéressant se sont les contrastes et analogies entre l’homme riche et triste (le père de Yoyo) au début du film, qui vit dans son château, et son fils Yoyo à la fin du film qui se retrouve dans la même situation. Dans le décor, l’on remarque des tableaux vivants, des trompe-l’œil, etc. Au début du film, tout est calme (presque mort) dans le château et à la fin pleins de choses se passent en même temps.

Dans la partie du film qui est muette, on devine, par les choix du cinéaste, le grand admirateur de music-hall qu’est Pierre Etaix. Le fait que seule la deuxième partie soit parlante marque d’autant plus l’évolution de l’histoire du cinéma et aussi le temps qui passe. Quelques ralentis et accélérés donnent une autre dimension plus poétique au film. Pour rompre le temps, le cinéaste utilise souvent des photos, créant ainsi de plus ou moins grandes ellipses temporelles.

La musique joue un rôle primordial, notamment parce que c’est un film avec très peu de dialogues. Un leitmotiv (thème sonore) est présent tout au long de l’histoire et évolue selon les sentiments des personnages. Pour Pierre Etaix, l’observation est très importante. La mise en scène est richement construite, avec une excellente utilisation de la profondeur de champ (il se passe souvent beaucoup de choses dans un même cadre). A la fin, lorsqu’un présentateur parle de la télévision à la télévision, il s’adresse aux téléspectateurs et indirectement à nous à travers l’écran du cinéma. Le présentateur la considère comme étant une « amie très chère », alors que Pierre Etaix pense que c’est elle qui « a tout envahi et donné au cinéma de faux aspects… ». C’est ce côté ironique qui nous plonge, dès le début de l’histoire, dans l’ambiance du film comique.

La présence du réalisateur m’a parue très enrichissante. Cela a donné au film encore plus d’importance. Au début, Pierre Etaix est monté sur scène et nous a fait quelques tours de magie ordinaire qui m’ont scotchée. Je me suis tout de suite dit que si cet homme peut nous suspendre à ses gestes pendant un quart d’heure uniquement en tripotant un anneau et un lacet, le film allait être incroyable.

Je savais, en assistant à cette séance, que ce film parlerait de cirque, sujet qui ne m’avait jamais réellement attirée auparavant. Je ne suis pas non plus adepte des comédies. Cependant, par curiosité, j’y suis allée. J’en suis ressortie avec le sentiment de ne pas avoir perdu mon temps, avec la sensation d’avoir appris quelque chose, et d’avoir découvert un monde dont je ne soupçonnais pas l’existence ! Je me suis endormie le soir même avec une lueur d’espoir, me demandant ainsi combien d’artistes m’étaient encore inconnus.

Anaelle Morf, 21, étudiante UNIL

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