Low Cost (Claude Jutra), de Lionel Baier

Ce qui m’a interpellée, c’est qu’un film de 56’ ait été réalisé entièrement avec un téléphone portable 3.2 mégapixels. Le film Low cost  conçu avec des moyens «low cost». Une histoire qui se moque un peu de la société dans laquelle tout est «low cost», en réduction, discounté. 

Un téléphone portable, tout le monde en possède un, mais utilise-t-on vraiment ses ressources ? Chacun possède une caméra dans son téléphone portable : qui s’en sert déjà ? On pourrait le sortir à n’importe quel moment et se dire «Tiens, on va faire un film!».

Faisant partie du Jury international à Locarno, Lionel Baier devait présenter une de ses créations. N’aimant pas revoir ses anciens films, il décida d’en réaliser un nouveau, en très peu de temps, avec l’aide de ses amis. Utiliser ce moyen de filmer (que tout le monde possède) non pas pour un documentaire, mais pour faire une fiction, en vue de se rapprocher encore plus du spectateur.

Je l’admire dans le fait de toujours vouloir faire mieux. Il n’avait pas de films à présenter, alors pourquoi ne pas en faire un autre en quelques semaines ? Il jongle entre fiction et réalité. A la fin, il y a cette rupture où tout à coup on met une voix, et le nom de David Miller sur un visage, celui de Lionel Baier.

Filmés avec un téléphone, les comédiens pourraient presque oublier la « caméra » et agir le plus naturellement possible. Lionel Baier utilise des places connues, pour qu’on s’y reconnaisse, et qu’on se sente proche du personnage. D’un côté, il veut que le spectateur se retrouve dans le film tourné en caméra subjective, en montrant des lieux connus, et de l’autre, l’histoire et la façon de penser de David Miller ne sont-elles pas trop différentes, trop peu communes, pour que l’on puisse se mettre dans sa peau ? Il y a ce côté réalité/documentaire face au personnage principal qui connaît la date de sa mort depuis longtemps et qui croit à ce destin,

mais qui n’en parle pas à ses proches pour que leur regard ne change pas. Ne leur met-il pas la puce à l’oreille avec ses questions telles que celle de savoir nouer une cravate, qui devient une épreuve existentielle dans sa vie ? Ce côté documentaire m’a beaucoup fait penser à « Masculin/Féminin » de Godard. Dans le fait de poser des questions plus ou moins existentielles, puis mettre l’interlocuteur un peu mal à l’aise, comme s’il n’avait jamais songé à ces questions. C’est comme si l’on demandait à quelqu’un «Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?» à la place de «Comment ça va ?».

La mauvaise qualité de la bande-image refléterait-elle son temps qui se rétrécit, la fin qui approche, donc la dégradation de sa vie ?

J’ai bien aimé sa manière de penser, de voir la vie et la mort, d’étaler sur un oreiller ses souvenirs sous forme de petites madeleines et de vouloir s’en débarrasser, quitte à aller les brûler (il brûle son ours en peluche) ou à les distribuer aux spectateurs à la fin de la séance…

J’ai apprécié sa manière de voir les choses, par exemple ; ayant trop de souvenirs, David Miller veut les donner à Claude Jutra (cinéaste canadien disparu il y a vingt ans) qui n’en a plus à cause de son Alzheimer. La fin du film collait bien avec le reste de l’histoire. David Miller écrit son nom sur un papier, le plie, le met dans sa poche et s’en va mourir, rendant ainsi hommage à Claude Jutra.

Anaelle Morf, 20, étudiante UNIL

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