Toulouse et Low Cost (Claude Jutra), deux films de Lionel Baier

Toulouse est une sorte de road-movie qui se déroule essentiellement dans la campagne environnant d’ Aubonne. Une jeune femme en fuite avec sa petite fille, un ex qui ne savait pas aimer, un père mutique, des femmes qui se débrouillent mieux sans homme, une fillette qui rêve d’aller en fusée Ariane dans la lune, une Ford Taunus (celle de Baier, précisément !) qui s’appelle Solange, et qui pourrait devenir Ariane…

Les champs d’orge qui bordent la route sont magnifiques, les épis qui ondulent donnent une impression de large, d’immensité. À l’autre bout du voyage, la France, Toulouse, la liberté ! Mais en Suisse, c’est le 1er août, jour de Fête nationale, c’est congé partout, sauf pour la police vigilante, … et la Taunus n’a pas de plaques. Comment partir ? Les rôles principaux sont tenus par le troupe de théâtre de la Dentcreuze.

C’est proprement filmé, une caméra calme, posée au bon endroit, quelques images pleines de kitsch poétique (lorsque la fillette, avant de s’endormir, dit qu’elle veut aller sur la lune, la vitre latérale de la voiture à travers laquelle on voyait les épis d’orge s’assombrit, se couvre de points lumineux, et on se retrouve dans un ciel étoilé). Personnages et dialogues manquent de substance, les situations sont artificielles, les références littéraires appuyées (Un Balcon en Forêt de Julien Gracq). Il me semble qu’il aurait fallu un vrai scénariste pour qu’on obtienne un film.

Pause, apéritif. Puis un court métrage de 3 minutes (La Faute à Rousseau, je crois) dans lequel 5 jeunes hommes tout nus dissertent, dans une baignoire, sur la vie et sur Emile … C’est marrant, et cela explique peut-être pourquoi la Maison de production de Lionel Baier s’appelle “Bande à part”… J’ai lu que c’est aussi un titre de Godard. C’est beau, la culture!

Avec Low Cost, Lionel Baier essaie de prouver que l’on peut réaliser un film avec un simple portable. Une image Natel gonflée sur l’immense écran du Capitole, bof. Low Cost(Claude Jutra) propose une reflexion, celle d’un mourant (David Miller) et de morts, sur le souvenir que gardent d’eux les survivants, sur l’amour, sur le manque de contrôle qu’on a sur ce qu’on pense de nous, après la mort. C’est commenté à la première personne par le narrateur (voix de Lionel Baier) qui connaît la date de son décès. Il a vécu, sa fin approche, il retrouve son frère, un amant, une amie, il essaie de choisir les images qui resteront de lui dans la mémoire de son portable. Je n’ai pas pu rester jusqu’au bout, à cause du retard « panne de courant », si bien que je ne sais pas pourquoi ce film est un hommage à Claude Jutra, réalisateur canadien qui se savait atteint de Alzheimer et s’est suicidé il y a 25 ans. Sans doute Alzheimer est la clé du film : un trop plein de souvenirs ici, une absence de souvenirs là.

Clotilde Senn, 21, étudiante Uni GE

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