No et moi, de Zabou Breitman

« No et Moi » raconte l’histoire d’une petite fille de treize ans qui rencontre une fille de dix-neuf ans. L’une s’appelle Lou, l’autre s’appelle No. Lou est une petite bourgeoise et No est une SDF. Lou adore regarder les gens (les voir partir, s’embrasser, se saluer) et No adore leur demander de l’argent. Les deux attendent quelque chose de la vie, et la vie les fait croiser à la gare d’Austerlitz.

Pour Lou, c’est un coup de cœur. Elle décide de faire son exposé sur No et de parler des SDF.

Elle rencontre No, lui offre à boire, et recueille plusieurs informations sur ses conditions de vie. L’exposé réussit et le regard sur elle du prof et de ses collègues de classe change. Lou est contente, mais n’arrive pas à oublier son amie No. Elle décide de continuer à la voir et propose à ses parents de l’accueillir chez eux. Les parents acceptent, bien qu’un peu réticents.

No change la vie de Lou. Tout d’abord No fait la connaissance d’un ami de Lou, puis s’habille avec les vêtements de la mère de Lou et enfin trouve un travail gratifiant. No reçoit beaucoup plus d’attention de la mère de Lou que Lou en a reçu en treize ans! La réaction de Lou est claire : elle fuit ses parents, et No la soutient en l’embarquant dans le rouge à lèvre, l’alcool et ses premières clopes. Lou sèche les cours pour rester avec No.

Dans la scène où les deux adolescentes prennent le métro, on les voit à côté d’un clochard râleur. No se souvient quand elle aussi était une SDF, une râleuse. Elle est face à elle-même, face à son passé. Zabou Breitman nous induit à penser que ce n’est pas en s’isolant sur un cas individuel, en sauvant une SDF, qu’on résout les problèmes sociaux. Le mal existe encore.

Et ce n’est pas par hasard si, tout de suite après, No plonge dans le côté obscur d’elle-même. Elle se fait maltraiter au travail, prend des comprimés suspects, se prostitue. Le père de Lou prend les choses en main et la met à la porte. Lou la suit aussitôt et se rebelle contre ses parents. Mais No semble percevoir la différence entre elles et l’abandonne pour toujours.

Lou se retrouve seule et rentre à la maison pour embrasser sa maman. Lou a toujours treize ans, mais la vie lui a donné ce qu’elle attendait au début de l’histoire : de l’expérience.

Zabou Breitman signe ce voyage initiatique vers le monde des adultes avec finesse et sensibilité. Le film nous rappelle parfois la clocharde de « Sans toit ni loi » d’Agnès Varda et parfois les adolescentes de « La naissance des pieuvres » de Céline Sciamma. La réalisatrice calibre bien ses personnages, les identifie bien, mais l’histoire souffre parfois d’un excès de linéarité et d’un découpage trop académique.

Zabou Breitman se sert de Lou dans le film comme go-between entre l’auteur et le spectateur pour nous donner des informations sociales. Elle nous dit qu’à Paris il y a cent mille SDF, en France il y en a huit cent mille. Le film aborde des problèmes actuels et importants, mais on aurait aimé voir plus de risques dans la mise en scène.

Filippo Demarchi, 22, ECAL

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