Le Petit Prince a dit

Ce film m’a émue, c’est un regard tellement touchant sur une trop jeune malade et son mal incurable. Mais c’est une tragédie qui n’a pas recours aux effets habituels pour décupler l’émotion du spectateur (les plans fixes sur des visages mouillés de larmes, les accords déchirants des violons, etc. etc.). Trois êtres essaient d’affronter la mort, et de considérer le peu de temps qu’il leur reste. Ce sont les parents qui vont surtout évoluer, la petite fille, elle, ne change guère. Elle peut enfin être elle-même, entre les deux êtres qui lui sont le plus chers au monde.

Elle ne comprend pas tout de suite ce qu’il lui arrive. C’est tout d’abord le père qui comprend que sa petite fille est condamnée. Il l’arrache au scanner, il l’enlève, il pense peut-être pouvoir la guérir. On pourrait le croire dans séquence où il force la petite à une performance presque olympique dans la piscine, comme si elle était en pleine forme. Il est alors en plein déni de la maladie incurable. Mais lorsqu’elle le  supplie de la laisser, qu’elle a mal à la tête, il craque, triste et honteux. Il abandonne sa carapace rigide, entame un dialogue qui ne cessera plus, il essaie de donner à son enfant tout ce dont il l’a sevrée : du temps, de la compréhension, de la patience, de la tolérance. Finies les remarques sur sa gloutonnerie, sa lenteur ou sa maladresse. Il l’accepte et l’aime comme elle est. Ils chantent ensemble, ils recueillent un chien abandonné, ils s’habillent « vacances » !

Le style du film est simple, dépouillé, ne recherchant aucuns effets. Non, ce n’est pas tout à fait vrai : trois moments significatifs sont un peu trop appuyés. Tout d’abord le plan de Violette, seule sur une crête entre Italie et Suisse, couchée dans l’herbe, observant les insectes et s’endormant. Sur son visage se pose un papillon : elle dira plus tard qu’elle s’est sentie devenir elle-même papillon, s’envolant, dans une lumière blanche, et se contemplant depuis le ciel. Puis la scène où la maman prépare des bananes flambées. Pour faire « famille heureuse qui ne se prive pas de dessert », elle souhaite à haute voix qu’une petite fille mange le caramel,  goûte les bananes pleines de sucre, profite de ces délices dont on aurait tort de se priver ! La dernière scène que je trouve un peu trop « coup de poing » et qui est pourtant magnifique, c’est la dernière image de Violette, qui s’endort pour toujours entre ses parents. L’image vire au noir-blanc, puis s’achève par un fondu au blanc.

Le dialogue est sobre, certains sentiments sont exprimés par des images fortes et simples : l’amour total pour ceux qu’on aime sans restriction, on l’exprime en n’hésitant pas à “transporter le cadavre“. C’est ce que vont faire Mélanie et Adam : ils vont se réunir pour “transporter le cadavre” de leur enfant. Avant, Violette aura vécu la liberté, sur les routes, avec son père pour elle toute seule. La réunion du couple aux côtés de Violette, le regard du père sur son ex-femme et sa fille, la redécouverte de la nature et des simples moments de bonheur familial, c’est un peu comme les prémices de la mort.

Violette devine qu’elle va mourir, mais a tout à fait goût à la vie. Elle n’a pas peur. Autour d’elle, la nature semble toujours plus belle, le ciel toujours plus bleu, et pourtant, il n’y aura pas de rémission pour Violette. Par contre, il y aura peut-être un après pour ses parents.

Violette, grâce à Adam (et malgré la formation scientifique de ce père) aura échappé à un stupide  acharnement thérapeutique que d’aucuns lui auraient imposé.

Marie Kleiber, qui joue la petite Violette, a une trentaine d’années aujourd’hui. Et voulez-vous savoir quand j’ai pleuré : quand la petite, seule, les yeux fermés, touche son bout du nez de son index. Geste que le médecin lui avait fait faire pour contrôler sa psychomotricité. Yeux clos, elle ne rate pas son nez : elle sourit, peut-être rassurée. C’est tout simple, et ça fait mal à voir.

Nad Wenger, 21, ex-Ecole de cinéma, Genève

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