A propos de “Fair Game”, de Doug Liman

Le film de Doug Liman (The Bourne Identity, Mr. and Mrs Smith) nous propose une histoire d’espionnage plus politique que spectaculaire et pétaradante. Il s’inspire grandement du destin réel de Valerie Plame et Joseph Wilson, et donc des deux ouvrages écrits par les protagonistes. Comme Green Zone, il s’en prend aux agissements du gouvernement Bush qui a cherché à tout prix àjustifier l’invasion de l’Irak.

Un petit rappel des faits : Joseph Wilson, ancien ambassadeur et dernier diplomate américain à avoir rencontré Saddam Hussein, est envoyé au Niger pour enquêter sur un éventuel trafic d’uranium avec l’Irak. Il ne trouve rien et tombe même sur des documents trafiqués. Son rapport va dans ce sens, mais Wilson découvre avec stupéfaction que George Bush continue, dans son discours sur l’état de l’Union (janvier 2003) continue de citer le cas de l’uranium africain pour défendre une intervention américaine en Irak. Le 22 mars, les Etats-Unis et leurs alliés envahissent l’Irak. Peu après, Joseph Wilson dénonce les manipulations dans une tribune explicite du New York Times . “Ce que je n’ai pas trouvé en Afrique.”

Quelques jours plus tard, Wilson est puni : le conservateur Robert Novak précise dans le Washington Post qu’il a épousé un agent secret de la CIA, Valerie Plame. D’autres informations sont publiées dans le New York Times et Time magazine. La jeune femme doit alors quitter la CIA et voit ses contacts à l’étranger menacés. Le couple décide de contre-attaquer. Au final, seul Lewis Libby sera condamné à deux ans et demi de prison, avant d’être très vite grâcié par George Bush. Karl Rove, conseiller spécial de GWB, principal suspect de la fuite, n’a jamais été inquiété.

Valerie Plame a choisi de témoigner de toute l’affaire dans un livre intitulé Fair Game, qui décrivait également les conséquences sur son couple. Le titre est directement inspiré d’une citation de Karl Rove : « Wilson’s wife is fair game » (l’épouse de Wilson est une cible légitime). Présente à Cannes au printemps, elle soutient le film : ” Fair Game a beau ne pas être un documentaire, c’est une représentation très fidèle de ce que j’ai vécu.”

Encore un film très critique donc face aux errements ou manipulations de l’administration Bush… Devoir de mémoire important, mais peu populaire: le public américain ne s’est jamais laissé convaincre.

Soulignons encore que le film développe les mêmes thèmes – outre Green Zone – qu’un documentaire de Charles Ferguson No end in sight (2007) que l’on peut voir ici.

Le film est de facture très classique – voire un peu plate – mais le scénario est bien ficelé et les acteurs de haute tenue. De quoi peut-être convaincre un plus grand public en Europe.

Etienne Steiner, enseignant au Gymnase Auguste Piccard

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