Draquila : l’imposture démasquée

Peut-on qualifier un séisme de succès et s’en réjouir? Oui ! Enfin…si l’on s’appelle Berlusconi ! En retraçant la politique de reconstruction de l’Aquila, détruite en 2009, Sabina Guzzanti dévoile les stratégies de propagande du chef d’Etat. Se servir d’exemples concrets permet d‘expliquer simplement et de manière non rébarbative les raisons de son succès. En effet, il est difficile de comprendre comment un homme ayant tant scandalisé par ses bourdes politiques et pratiques perverses peut encore gouverner. Draquila montre un Berlusconi actif et engagé, un Berluconi médiatique, un Berlusconi à l’humour lourd mais simple, un Berlusconi accessible, proche du peuple.

Ce documentaire est bien construit. L’humour, extrêmement présent dans la voix off le rend captivant, sans le dépouiller du ton dramatique lié aux scandales qu’il dévoile. On ne se sent pas lassé car il est riche en séquences hétéroclites, passant de caricatures animées, à des interviews. Beaucoup de séquences sont filmées caméra à la main. Lorsque le caméraman marche ou qu’il tremblote, cela donne certes le sentiment de vivre l’événement, mais l’œil du spectateur doit sans cesse se concentrer.

La sélection des interviews est de qualité car elle propose un vaste panel d’avis divergents. En effet, elle inclut aussi bien les habitants de l’Aquila heureux que révoltés, et comprend aussi des personnes influentes. Par contre, Guzzanti dirige trop ses interviews, menant l’interlocuteur à répondre ce qu’elle veut et non ce qu’il pense. Cela choque presque dans la discussion sur les containers.

En fait, ce film n’a pas pour but de documenter. Ce film dénonce. Il dénonce les médias qui font croire au rêve, alors qu’un an après le séisme, il y a 50’000 sans abris. Il dénonce des constructions onéreuses, alors qu’un patrimoine artistique reste en ruine. Il dénonce la corruption de tout un Gouvernement. Par exemple, en divulguant des liens douteux avec le Vatican et la mafia,  Draquila dénonce le pouvoir quasi dictatorial d’un chef d’Etat qui déroge aux lois et aux contraintes financières en décidant de nommer « événement » n’importe quoi, de la manifestation sportive à celle pour les familles nombreuses. Ce film dénonce les stratégies sournoises de Berlusconi pour se reconstruire une image. Il s’agit en fait d’un argumentaire inculpant un chef d’Etat, plutôt que d’un documentaire.

Marion Wagnières, 23 ans, étudiante en physiothérapie

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