127 heures, de Danny Boyle

Danny Boyle, réalisateur britannique, après son célèbre film Slumdog Millionaire, nous propose un film biographique 127 heures, co-écrit avec Simon Beaufoy, d’après le livre Plus fort qu’un roc (Between a Rock and a Hard Place), une autobiographie d’Aron Ralston. Cet alpiniste solitaire va explorer chaque week-end les divers lieux d’Amérique avec sa caméra et son appareil photo. En 2003, il décide de s’en aller dans l’Utah, seul, et de traverser les failles du Blue Canyon. Il marche sur un rocher instable qu’il entraîne dans sa chute. Celui-ci lui coince le bras. Cinq jours et cinq nuits se passent avant que le randonneur décide de sacrifier son bras en échange de sa liberté.

Pourquoi aller voir ce film ? Ce film fascine par une décision qui semble extrême, le sacrifice pour échapper à la mort. James Franco qui interprète Aron Ralston (photos ci-contre) est parfaitement bien dans la peau de son personnage, adepte de sport extrême, en solitaire, quelqu’un de très persévérant, appliqué, et méthodique. Ce dernier ne rejette pas ou ne fuit pas non plus son entourage comme on pourrait le penser, il se distingue alors du célèbre Christopher McCandless d’Into the Wild, mais reste toutefois un personnage rapidement lassé aux côtés des autres, ce qui l’amène à être peut-être perçu comme égoïste, ou blessant.

On pourrait se dire 1h30 avec ce jeune homme au bras coincé sous un rocher, ça va être long et ennuyant. Bien au contraire le film est très dynamique: en dehors des moments tragiques, on vit aux côtés de James Franco une série de flashback, d’hallucinations ou de rêves, dont les images nous sont rendues parfois en accéléré. De plus on alterne de manière rythmée entre la caméra amateur du personnage et celle du réalisateur. Tout ceci montre les différentes facettes de ces cinq jours de souffrance, la complexité du personnage et nous permet de plonger dans une thématique qui semblerait au premier abord statique. Enfin, un dernier moyen utilisé par le réalisateur est lié aux mouvements de caméra : nous sommes à la fois très proches du jeune homme, une succession de zooms, sur son bras, son visage et d’autres petits détails qui sont passablement envahissants, mais parfois la caméra s’élève jusqu’au ciel dévoilant la faille où se trouve le jeune homme et nous offrant un magnifique paysage, illustrant ainsi que son sacrifice s’intègre dans un tout imprégné de liberté et de beauté.

L’image que j’ai trouvé la plus intéressante était son souvenir d’un énorme caillou arrivé de nulle part sur le sol que le jeune homme associe au rocher qui lui coince le bras. En refusant que les choses arrivent par hasard, il parvient  donc à donner du sens à sa souffrance, la rendant ainsi plus tolérable.

Il me semble que ce film est parvenu à équilibrer les moments durs, de souffrance, de pardon et de remerciements qu’il adresse par sa caméra aux membres de sa famille, avec des moments drôles, légers, par exemple lorsqu’il s’amuse à converser avec sa caméra, comme s’il était à un jeu télévisé, ce qui m’a rappelé une scène dans laquelle un personnage en prison imite un présentateur d’une station radio (film de Jim Jarmusch, Down By Law).

La fin est également heureuse, puisqu’il trouve une raison de vivre, et donc la force de s’amputer le bras. Cette raison de vivre n’est pour la première fois pas centrée sur lui-même, c’est un garçon dont il rêve, peut-être son futur fils, lui permettant ainsi de se projeter dans un futur lié à autrui. On comprend alors que cette épreuve lui permet de mûrir, comme c’est le cas dans les moments de souffrance que la vie nous réserve.

J’ai également beaucoup apprécié une des dernières scènes, lorsqu’il prend en photo l’avant de son bras resté bloqué par le rocher, comme pour rendre fictif ce qu’il a vécu, et trouver ainsi la force de continuer sa route.

Si je devais relever un point faible, c’est sa fin que je trouve un peu trop happy end, les gens, filmés au ralenti, qui courent pour le sauver, l’hélicoptère qui descend du ciel, enveloppé de lumière… Mais enfin peut-être est-ce ainsi qu’il l’a vécu ! 

Pour finir  la musique de l’indien A.R. Rahman, compositeur connu de musique de film, accompagne parfaitement l’œuvre de Danny Boyle. Il s’agit d’une musique de sons qui se rapprochent volontiers aux sons de la nature, interrompue parfois par des moments de silence bien choisis.

Léa Stiefel, 18 ans, Gymnase Auguste Piccard, Lausanne

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