“Des micros en forme d’obus”. A propos de “The King’s Speech”, de Tom Hooper

Affligé d’un bégaiement gênant, Bertie, Duc d’York, espère rester sa vie durant un officier de marine et le petit frère du roi Edouard VIII, son frère aîné. Mais le destin en a décidé autrement, et Bertie est contraint de monter sur le trône d’Angleterre tandis que son aîné va filer le parfait amour avec une Américaine deux fois divorcée que le gouvernement britannique ne peut tolérer comme reine potentielle ! Bertie, avec l’appui touchant et logistique de son épouse, recourt aux soins d’un orthophoniste respecté, qui a une vaste expérience dans le domaine des troubles du langage, mais dont les méthodes froissent plus qu’un peu le souverain. Une amitié improbable naît entre les deux hommes, Bertie alias George VI trouve sa voie, vainc sa peur du discours, et Lionel Logan, à défaut d’une carrière d’acteur shakespearien, devient un rouage essentiel de la communication au sein de la monarchie britannique.

C’est formidable d’observer le duel verbal entre le roturier et le royal, le premier exigeant un dialogue égalitaire entre eux, et se permettant certaines insolences pour faire sortir de ses gonds la majesté coincée.

Des coups d’épingle à l’étiquette qui permettent peu à peu au souverain de dégeler, et au logopédiste de gagner sa confiance. Dans le modeste appartement du logopédiste, il n’y a qu’un simple patient. Et les chapelets de jurons, déclarations chantées ou dansées, voyelles hurlées, exercices gymniques, font partie du traitement. Logan est un médecin de l’âme et du coeur, autant que du problème mécanique. Bertie a grandi, timoré et soumis, dans un climat d’interdictions, de punitions, constamment dans la ligne de mire de son royal entourage. Le logopédiste l’aide à oublier sa peur de l’autre et de lui-même: il va jusqu’à lui installer une sorte d’abri en tissu à l’intérieur du palais, pour le jour X du fameux discours de 1939 : un cadre intime où le bègue peut oublier ceux qui l’écoutent ! Et ne pas se sentir livré à la foule comme cela avait été le cas lors du catastrophique discours de Wembley, ou du discours d’investiture (la caméra capte à 180° les regards, rivés sur le souverain, des membres du gouvernement, auxquels s’ajoutent ceux de ses ancêtres, dont les portraits en pied ornent la vaste salle d’apparat) ! On comprend que Bertie ait eu peur des micros : ils ressemblaient à l’époque à des obus ! En tout cas, rien de sympathique !

Les deux acteurs sont tout simplement parfaits, et ils auraient mérité un « Oscar pour deux » (Colin Firth a eu l’Oscar 2011 du meilleur acteur), tant leurs joutes verbales sont drôles, émouvantes et que la « chimie » entre eux fonctionne.

Julie Besse, 21, UNI Genève

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