“Des mots qui restent au travers de la gorge” : “The King’s Speech”, de Tom Hooper

L’histoire d’un homme devenu roi par « erreur », voix de son peuple, mais qui ne peut pas s’exprimer : forcément, ça intrigue. Surtout Tom Hooper, cinéaste anglais de 39 ans, qui décide d’en faire un blockbuster hollywoodien qui n’en est pas moins harmonieux et gracieux. Il marque avec « The King’s Speech» son premier pas dans la cour des grands, travail qui ne manque d’ailleurs pas de reconnaissance (à noter : un oscar du meilleur film parmi ses considérables récompenses).

Dans le film, la véritable valeur des acteurs qui y figurent est enfin visible : Helen Bonham Carter se délivre enfin des rôles excentriques ou fantastiques (« Fight Club », « Big Fish ») et assume celui de la reine d’Angleterre douce mais sûre d’elle; Geoffrey Rush se débarrasse de son rôle de pirate, interprété dans les quatre volets de « Pirates of the Caribbean» pour endosser celui d’un logopédiste qui orchestre avec humour et audace les discours du roi. Mais c’est surtout Colin Firth, dans le rôle du roi George VI, peu sûr de lui mais surtout bègue, qui interprète à merveille son personnage. Son étouffement sur les mots qui lui restent véritablement au travers de la gorge, sa sensibilité vis-à-vis de son royaume et sa proximité avec son peuple sont bien rendus à l’écran et sont une fois encore (« A Single Man ») preuve de son talent.

L’histoire est simple, le prince Albert, second fils du roi George V, est bègue. Il est destiné à rester dans l’ombre de son frère, héritier direct du trône. A la mort de son père, c’est donc Edouard VIII qui assume le gouvernement. Cependant, son renoncement à la couronne pour l’amour d’une Américaine divorcée deux fois, sympathisante des nazis, oblige Albert à prendre le relais. Il se présente sous le nom de George VI et “épaule” le peuple grâce à l’aide de sa femme et d’un logopédiste, M. Logue, qui soigne son bégaiement.

Le film ouvre sur une salle de la radio BBC : ambiance chic, mais tout de même sobre, autant dire very british. Le micro sous toutes ses coutures est le premier exercice auquel le réalisateur nous confronte. Nous sommes en 1925 et l‘appareil en forme d’obus nous donne déjà le vertige. Un personnage se préparant ridiculement à parler à la radio annonce la classe, doublée d’une pointe d’humour anglais, qui sera au rendez-vous.

Ainsi, l’intrigue évolue dans une ambiance de légèreté qui n’en est pas moins touchante, tant par les couleurs qui varient du bleu clair au gris en passant par le beige, que par la douce musique au piano qui accompagne les belles images. De plus, la véracité historique semble respectée : le discours que le véritable roi effectue en 1939 afin d’annoncer l’entrée en guerre du pays est repris mot pour mot, bégaiement pour bégaiement.

Une fin heureuse malgré l’annonce de la guerre n’est évidemment pas inattendue ! Mais le réalisateur parvient tout de même à nous toucher par ce film poétique qui retrace une importante vérité historique que certains auraient préféré étouffer

Aylin  Elci, 18 ans, Collège Calvin Genève

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