Une ado en proie au silence glacial. A propos de “Winter’s Bone”, de Debra Granik

C’est dans les forêts reculées du Missouri que se déroule le nouveau film de Debra Granik, « Winter’s Bone ». Ce film indépendant est marqué par 4 nominations aux oscars 2011 et le Grand prix du Jury au Film Festival de Sundance 2010.

Il narre la quête glaciale de Ree Dolly, adolescente de 17 ans, qui a la lourde tâche de s’occuper de ses deux frères et sœurs ainsi que de sa mère invalide. Son père a fui en laissant derrière lui un passé de trafiquant de drogue. Ree a très peu de temps pour retrouver son père qui a hypothéqué la maison pour être libéré sous caution.

Avec ses airs de western dans une Amérique repliée sur elle-même, « Winter’s Bone » n’est pourtant pas un deuxième « True Grit ». Parce que « Winter’s Bone » retrace une quête dans laquelle l’adolescente va devoir se battre avec un monde où règne une loi sans pitié.

Au fin fond d’une Amérique froide et délaissée, le film heurte dès les premiers instants en filmant la pauvreté misérable des habitants et les chiens errant entre les caravanes négligées, tout cela sans jamais sombrer dans la misère caricaturale ni l’embellissement de la cruelle réalité.

La réalisatrice utilise son casting à la perfection, notamment Jennifer Lawrence, brillante dans le rôle de Ree (nominée au Golden Globe pour la meilleure actrice dans un film dramatique, ainsi qu’à l’Oscar de la meilleure actrice). Le reste de la distribution est tout aussi remarquable en ce que les acteurs ont le don de nous faire passer du dégoût à la compassion en un clin d’œil. La réalisatrice va jusqu’à créer un personnage absent du casting – le père -, pourtant personnage autour duquel tournent tous les tourments des protagonistes.

Côté thèmes, un élément abordé par Debra Granik serait à trouver dans la mise en avant de la femme. En effet, on assiste à une évolution de cette adolescente aux prises avec un monde masculin dangereux : « Quand on parle à quelqu’un, cela crée toujours des témoins ». Là réside le problème pour la protagoniste, puisqu’elle comprend bien vite qu’elle devra se débrouiller toute seule et faire face au silence de la société qui l’entoure. Il n’est pas facile de braver l’incompréhensible violence à cet âge, mais la comédienne adolescente se surpasse en jouant habilement la contenance des émotions.

Marqué par une bande-son discrète mais appropriée, le film installe durant toute sa durée, un vent glacial dramatique digne des plus grands thrillers. « Winter’s Bone » s’imprègne donc par sa nature coriace mais authentique, souligné par un casting à ne pas manquer.

Lucien Monot, Gymnase Auguste Piccard, 1M1

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