“Le prolétariat veut la guerre”. “Vincere”, de Marco Bellocchio

Vincere est l’avant-dernier film du cinéaste italien Marco Bellocchio. Il retrace les débuts de la carrière politique de Benito Mussolini à travers sa relation avec une de ses premières compagnes, Ida Dalser. Le Duce finira très vite par la laisser sur le bord de son chemin, l’abandonnant dans un chagrin qui la mènera à l’asile psychiatrique.

La montée de Mussolini, telle qu’elle est dépeinte dans le film, caractérise très bien ce qui fonde les préoccupations sociales et philosophiques de la période d’entre-deux guerres en Europe : la recherche frénétique et désespérée de voir l’avènement d’un homme nouveau. Une citation tout à fait emblématique incarne cette tendance dans le film, lorsque Mussolini parle à Ida de ses rêves de grandeur : “Quand j’étais petit je voulais être musicien ou écrivain, quelqu’un de médiocre; maintenant je veux plus : je veux m’élever au-dessus de tous les médiocres de ce monde.”  Que ce soit l’homo sovieticus en URSS – qu’il s’agissait de “fabriquer” psychologiquement comme en témoignent certaines expériences menées par des médecins soviets – l’aryen, héros olympien idéalisé par Hitler ou le fasciste italien, un dénominateur commun les réunit tous : la recherche, la fabrication même d’un homme nouveau.  Pour Mussolini, “La guerre seule porte toutes les énergies humaines à leur tension maximum et imprime le sceau de noblesse sur ceux ont le courage de lui faire face.” C’est donc la guerre qui recèle les secrets de la purification de l’homme, de sa renaissance comme fasciste.

Stylistiquement, le film nous rappelle ce fait historique avec un plan-titre profilant l’image avec verticalité, forçant le regard à se lever. A cela s’ajoutent de fréquentes contre-plongées nous montrant le Duce, impassible dans ses rapports sexuels avec Ida, ou franchement cruel lorsqu’il ignore, du haut de son balcon, ses cris désespérés en bas de la rue. Aussi, les intertitres qui viennent frapper l’écran avec une certaine brutalité contrastent avec le ridicule dont le personnage peut s’affubler dans ses apparitions publiques.

Dans la deuxième partie, la caméra accompagne Ida dans sa déchéance graduelle, jusqu’à la voir internée dans un asile psychiatrique, criant à l’injustice. Cette suite de scènes, qui peut de prime abord paraître longue, se révèle en fait assez originale, du fait justement que toutes les informations concernant la montée au pouvoir du Duce nous parviennent soit à travers la télé, que les nonnes regardent dans la cour de l’hôpital, soit par ce qui se dit entre patientes. On finit par saisir l’histoire de cet homme grâce à l’amour d’Ida, à l’admiration de certains et à la haine d’autres. Ce manque de contact avec Mussolini sur la fin du film nous faire vivre l’isolement dans lequel baigne Ida qui s’estime, à raison, comme injustement et brutalement mise à l’écart par le Duce. Lui, l’ignorant jusqu’au bout, la laisse mourir muselée dans sa cellule, seule.

Elia Dietler, EPFZ

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