Identité double : “Tomboy”, de Céline Sciamma

Pas évident de rentrer dans le dernier film de Céline Sciamma, Tomboy. Ou plutôt, difficile d’entrer en matière sur un sujet aussi délicat : le film raconte l’été d’une fillette prépubère se faisant passer pour un garçon auprès des enfants de son nouveau voisinage. L’ambigüité des genres peut mettre mal à l’aise, et ce d’autant plus qu’il s’agit de jeunes enfants. Pourtant, Céline Sciamma réussit à traiter le sujet avec finesse et légèreté.

Dans un premier temps, le spectateur croit que le personnage principal est bien un garçon : les scènes en famille ne trahissent encore rien et lorsque Laure rencontre Lisa, qui deviendra sa compagne de jeu, elle se présente comme Michaël. On ne sait pas où le film nous mène. Il semble présenter une situation : on attend une complication. Elle arrive lorsque Laure est finalement appelée par son véritable prénom et qu’on la voit sortir du bain. Dès lors, le film est sans cesse tendu par un double mensonge : la famille ne doit pas découvrir le jeu de Laure et les copains ne doivent pas découvrir l’identité véritable de Michaël.

La première personne à comprendre la situation sera Jeanne, la petite sœur. Et quelle compréhension ! Immédiate et dénuée d’a priori sur le non-respect des règles du genre, elle fait de la fillette la complice rêvée. Sans  poser plus de questions que ça, Jeanne accepte de se prêter au jeu. Elle n’est en réalité pas si ingénue qu’on pourrait croire, capable de voir le quiproquo et d’en jouer, apportant une touche d’humour et soulageant  la tension créée par la peur que le mensonge soit découvert. Son personnage, tout comme celui des autres enfants, est interprété avec naturel lors des nombreuses scènes de jeu et de dialogue enfantins dont le film est traversé.

Je ne souhaite pas révéler la suite de la trame. Je dirai seulement qu’au lieu de tourner au drame, ce qui serait aisé, le film revient très brusquement à la réalité la plus ordinaire, après un été de jeu comme suspendu hors du temps. Il ne propose pas de jugement ou d’étiquetage qui seraient malvenus dans ce récit d’une enfance, après tout, normale.

Roxane Barclay, 19 ans Ecole de Traduction et Interprétation, Université de Genève.

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