“La Dolce Vita”, de Federico Fellini

« Magari aveva paura, paura di tutti noi, o solo di se stesso. »

La Dolce Vita de Fellini est un film charnière, qui marque un tournant majeur dans son oeuvre : un détachement toujours plus marqué par rapport aux tendances de l’époque. En Italie, nous assistons à la fin du néoréalisme. Pour Fellini, cela signifie l’apparition progressive d’éléments tenant du mystique, de l’onirique et qui viennent ainsi côtoyer le réel. (Source :      BRUNETTA Gian Piero, Storia Del Cinema Italiano, vol. 4, Rome, Editori Riuniti, 1982).

Cet aspect-là nous atteint par contagion, comme si de l’atmosphère du film émanait une puissante sensation de maladie, de douleur et de blessure profonde. Cela nous est périodiquement indiqué (la pommette bleuie de Maddalena, la tentative de suicide et le chagrin d’Emma, le malaise du père de Marcello, le suicide de Steiner) et vient contraster avec la lascivité dans laquelle Marcello évolue lorsqu’il travaille ou qu’il folâtre avec Silvia (il danse, boit des verres, va au cabaret, etc.).

On pense notamment à la scène dans laquelle Marcello téléphone à Emma alors qu’il est avec une foule de journalistes et de photographes dans la chambre d’hôtel de Silvia, où elle leur accorde une première entrevue. D’un côté, une grande actrice, blonde, et qui papillonne avec frivolité d’un coin à l’autre de la pièce, sujet de l’attention générale. De l’autre, Emma, noiraude, seule et qui, depuis l’obscurité dans laquelle elle se trouve, réclame Marcello.

Ce contraste accompagne le développement de l’histoire et graduellement s’installe un rapport ou plutôt un jeu de domination entre Marcello et les femmes, ce qui est soutenu esthétiquement. Deux mondes distincts apparaissent. Emma donne l’impression de retenir Marcello dans ses élans, et semble le prétériter dans ses perspectives professionnelles. On se rappelle la confrontation, d’une brutalité monstrueuse, que Marcello et Emma mènent dans la voiture. Là se dessinent deux personnalités contradictoires, lui individualiste, rêve d’une vie de l’esprit intense, peut-être de gloire et de reconnaissance (il aspire à devenir écrivain). Il semble suivre l’avertissement de Steiner qui veut le mettre en garde contre une vie de famille calme et posée, l’incite à ne jamais se défaire de sa fougue. Steiner finira d’ailleurs par tuer ses deux enfants avant de se suicider. Emma vivant quant à elle avec des ambitions simples, soutient que leur amour leur suffirait. Ailleurs, Marcello se retrouve parfois dans une configuration inverse, par exemple lorsque c’est lui qui court derrière Silvia, trop rapide, dans la cathédrale.

Cette dualité de pouvoir et sa polarité en constante alternance sont portées par l’image. Tout au début, quand Maddalena et Marcello vont chez la prostituée, une succession de plongées et de contre-plongées nous prend au jeu. Souvent une déchirure entre le noir et le blanc revient, comme au début où la caméra posée sur la route filme la ligne blanche qui divise l’écran et heurte le fond noir. Il y a aussi plusieurs fois des personnages qui contrastent avec le décor: Silvia en noir se détache du fond blanc au sommet de la cathédrale, Marcello quand il se rue sur le balcon chez Steiner mort, Silvia et le chaton dans les ruelles sombres, enfin une des aristocrates chez lesquelles se retrouve Marcello.

Cette dualité ne nous indique peut-être rien d’autre que la décomposition d’une société en dépérissement, à la lumière des flashs obscènes des paparazzi, au rythme des orgies de la jet-set.

Sur la fin, tout semble dégringoler pour nous faire assister à une ultime parade du ridicule, symbole de la déchéance de Marcello, devenu publiciste, ayant sacrifié sa vie sur l’autel de la luxure.

Elia Dietler, 20, EPFZ

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