“La Guerre est déclarée”, de Valérie Donzelli

Roméo et Juliette auraient pu être des parents comme les autres, et avoir une famille comme les autres. Ils auraient été prêts à relever, tant bien que mal, les petits défis du quotidien, comme n’importe quel autre couple. Oui mais voilà: il y a Adam. Adam, qui a une tumeur au cerveau, Adam, leur petit garçon, pour lequel ils sont prêts à se battre, jusqu’au bout. La guerre contre le cancer est déclarée. Car c’est bien d’une guerre dont parle ce film, une guerre sans fin et sans merci, une guerre que personne ne souhaiterait avoir à mener. Durant une heure quarante, Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm vont nous montrer le quotidien qu’a été le leur durant les trois premières années de vie de leur fils, à travers les personnages de Roméo et Juliette. Le bonheur de la naissance, l’émerveillement face aux progrès de bébé, l’agacement face à ses pleurs continuels, et l’inquiétude qui monte, progressivement, à mesure qu’apparaissent les premiers symptômes. Puis la nouvelle tombe, brisant le rêve d’une vie normale: le cancer. A partir de là, Roméo et Juliette vont faire front, ensemble, malgré la peur, malgré le chagrin, et la colère aussi, l’injustice face à ce coup du sort :

Pourquoi nous ? Pourquoi lui ?

L’hôpital devient leur quotidien, leur deuxième maison. Adam y est enfermé, jour et nuit, dans des lits qui font étrangement penser à des prisons, relié à des fils et des tubes dont on ne comprend pas toujours l’utilité. Les médecins vont et viennent, émettent des diagnostics froids et incompréhensibles, avec des mots qu’on n’a pas toujours envie de comprendre.  Malgré la sensation d’étouffement, Roméo et Juliette viendront chaque jour aux urgences pédiatriques, parce que c’est leur fils, parce qu’ils s’en sortiront. Entre périodes de doute et périodes d’espoir, ils affronteront ensemble l’épreuve que le destin leur a infligée, parce qu’ils savent qu’ils peuvent la surmonter. Unis jusqu’au point de faire les mêmes gestes, de dire les mêmes mots, ils s’entraideront pendant trois longues années, rattrapant l’autre lorsqu’il flanche, se soutenant mutuellement.

Et puis enfin, la liberté. Au terme d’un entretien avec le médecin, Adam est libre, libre de sortir, libre de son cancer. Et c’est sur un ralenti magnifique, accompagné par la musique de Peter Von Poehl, qu’on voit Adam ouvrir toute grande la porte de la clinique et s’élancer dehors, courant vers la vie, celle à laquelle on lui permet enfin de goûter, celle qu’il a désormais la possibilité de vivre réellement.

Cette histoire, c’est celle de Roméo et Juliette, mais c’est également celle de Jérémie Elkaïm et Valérie Donzelli; mettre en scène une expérience aussi douloureuse n’est certainement pas évident, mais Valérie Donzelli a réussi son pari. Le film nous montre, sans en faire trop ni pas assez, les tourments traversés par le couple et la puissance de leur volonté, celle de ne jamais abandonner. Le jeu des acteurs est à l’image du scénario: puissant et réaliste.

Et, pour l’ultime scène du film, les deux acteurs ont choisi de faire jouer leur propre fils dans le rôle d’Adam, un clin d’oeil à tout ce qu’ils ont traversé, et une façon de nous faire comprendre que la vie continue. Parce que rien n’est plus fort que l’espoir.

Sarah Siegrist, 18 ans, Collège de Candolle, Genève

Advertisements
This entry was posted in TJC Genève. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s