Pauvres enfants riches de parents lamentables. A propos de “La Fureur de vivre”

La première scène du film résume tout son contenu, pour moi : Jimmy Stark, dix-huit ans peut-être, ivre, au milieu de la nuit, rampe sur le route, pour attraper un petit singe en peluche, et le recouvrir tendrement d’une page de journal, pour qu’il n’ait plus froid. Ado mal aimé, d’un père soumis à sa femme et à la mère de celle-ci, dernier né d’une famille prisonnière des conventions et ne sachant que DIRE, ne sachant pas  ECOUTER, Jimmy est un pauvre fils de riches qui ne demande qu’une chose, éprouver du respect et  de l’amour pour ceux qui le méritent à ses yeux.

Loin d’être des jeunes “rebelles sans raison”, le trio formé par Jimmy, Judy et John les trois J, comme Jeunes) ont des raisons d’être malheureux : Judy est tenue à distance par un père qu’elle adore et qui estime que les câlins, c’est seulement pour son fils. Quant à John, il reçoit des chèques de ses géniteurs, mais ne les voit jamais. Devant l’exemple lamentable de leurs parents distants, fermés, absents, lâches et/ou bêtement bourgeois, ces jeunes ont besoin de se prouver qu’ils sont différents. Quitte à se lancer dans des rixes d’honneur très dangereuses.

Le jeu dangereux, c’est ici le “chicken race”, course de voitures (volées) pilotées à pleine vitesse, jusqu’au bord d’une falaise, par Jimmy dans l’une, Rizz (le chef de bande) dans l’autre. Le dernier à sauter ne sera pas un COUARD (chicken). Et ce duel se termine par la mort d’un innocent, et entraînera d’autres conséquences dramatiques. La vie est mal faite, injuste, et les trois ados l’apprendront à la dure.

Le film a 56 ans, mais je trouve qu’il “marche toujours”. James Dean est un très beau gars, on le sent sensible et fragile, et “écorché vif”, comme on lit partout. J’ai un peu de peine à croire qu’il est un ado de moins de vingt ans, mais avec son blouson rouge, et les  coiffures de l’époque, c’est difficile de juger.

Je me suis demandée si Ray faisait une légère allusion à l’homosexualité du personnage John (Sal Mineo) qui affirme que Jimmy est SON ami, le seul qui le comprenne, avant de faire de lui et de Judy des “parents”, (ce pour quoi ils sont beaucoup trop jeunes), quand il constate que Jimmy aime Judy.  L’attachement entier, total de John à Jimmy est touchant, mais excessif, dangereux.

Mais c’est tout de même beau, cette famille de trois qui se crée, l’espace d’une nuit, dans une maison abandonnée, parce que les trois crèvent d’aimer. Et parmi les adultes démissionnaires, pas grand monde à sauver, si ce n’est le policier compréhensif, et la nanny noire. Les parents sont nuls. Les jeunes sont livrés à eux-mêmes. Dans un contexte social moyen, de petits bourgeois qui vivent dans le confort, les problèmes sont relationnels, pas matériels. Les parents sont des anti-modèles, la génération précédente n’a plus rien en commun avec les jeunes, elle n’a rien à lui enseigner.

J’ai bien aimé la scène dans le planétarium, qui donne aux destinées des trois héros une dimension universelle, et en fait des êtres infiniment petits  et oubliés dans un univers qui se moque d’eux.

Nathalie Bovey, 23 ans, UNIL

Advertisements
This entry was posted in TJC Lausanne. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s