Clooney, élitiste populaire : “Les Marches du pouvoir” (“The Ides of March”)

A un an des présidentielles américaines, The Ides of March (“Les Marches du pouvoir”), dernier film de George Clooney, propose une intrusion dans les coulisses d’une campagne (de toute évidence actuelle, bien qu’il ne soit fait référence à aucune date précise). Il nous plonge ainsi dans le milieu fourmillant de tous ces travailleurs de l’ombre, responsables de campagnes, assistants, stagiaires…

L’action est centrée sur Stephen (Ryan Gosling), « cerveau » de la campagne du gouverneur Morris (alias Clooney). Elle nous montre comment ce monde impitoyable le loue avant de le rejeter, comment les magouilles s’installent autour d’un homme qui, au final, est peut-être le plus intègre et le plus sincère dans la confiance qu’il porte à l’éventuel futur président. Sur un plan secondaire s’installe l’histoire dramatique d’une jeune stagiaire, enceinte du gouverneur et amante de Stephen, qui se suicidera après avoir avorté.

Le tout soulève la question de la véritable intention de Clooney. Car, finalement, l’action, composée de deux scénarios imbriqués (le « politique » et l’« amoureux ») présente une certaine tension entre cinéma de divertissement (mélodrame) et critique politique. D’un côté la culture de masse, de l’autre le cinéma d’élite. Clooney cherche probablement à jouer sur les deux plans, d’où l’imbrication des scénarios.

De la culture de masse nous retiendrons le côté lisse du montage, bien qu’une certaine recherche esthétique soit de mise, ainsi que le côté téléphoné de certaines scènes (on ne devine que trop, lorsque la jeune stagiaire reçoit ses antidouleurs après l’avortement, qu’elle les utilisera pour se donner la mort).

De la critique politique, il ressort une sorte de désillusion frappante. Elle est symbolisée par le dernier plan : un regard-caméra de Stephen, dernière adresse aux spectateurs (ceux, réels, du film, et ceux, fictifs, de la télévision dans le film), avant qu’il ne parle de son candidat, en qui il ne croit plus que par dépit.

Finalement, la dualité du film est à l’image de son réalisateur : acteur issu du cinéma « de masse » hollywoodien, il n’a cessé de chercher à s’en distancier en tant que réalisateur (le noir et blanc de Good Night and Good Luck étant un symptôme de cette recherche de légitimation en tant qu’auteur). Le titre du film est d’ailleurs révélateur à cet égard : touchant à la culture d’élite, il présente tout de même un lieu commun.

Séverine Chave

 

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