“Dark Shadows” : du tout cuit

C’est un pari, sans grand risque de perdre, qu’a pris Tim Burton en réalisant Dark Shadows. En adaptant une série américaine à succès des années 60 avec pour têtes d’affiche tous ses acteurs fétiches, en y ajoutant une petite dose d’humour, de modernité, de couleur, bref, une touche personnelle : Burton semble nous sortir du tout-cuit, une histoire au fond très banale, remaniée pour ne pas sembler redondante.

Barnabas (Johnny Depp) est un gentil vampire qui se retrouve, après 196 ans d’enfermement dans un cercueil, en plein dans les seventies colorées et musicales. Il rencontrera beaucoup de difficulté à s’adapter, tant dans sa vie amoureuse que dans la découverte du rock, du McDonald’s et de ce qu’est devenu sa famille qu’il estimait tant.

Nous retrouvons dans Dark Shadows un mélange de tout ce que nous avons déjà vu chez Burton : un brin de Depp, ce personnage pâlichon et sensible comme Edward aux mains d’argent, de Bonham Carter, toujours aussi psychotique, des plans contrastés, un peu d’humour.

Au début, tout marche, tout s’enchaîne, on se laisse porter par une poésie visuelle mêlée à de courtes scènes truculentes et cocasses. Le charmant Barnabas nous emmène, comme un enfant, dans sa découverte d’un monde que l’on connaît déjà bien. Mais rapidement, dès la moitié du film, la magie n’agit plus, on se lasse, on en veut plus et mieux. Or la douce histoire que l’on suivait depuis une heure devient un blockbuster avec des explosions, des effets spéciaux et le joli monde surnaturel burtonien devient un gros monde plus joli du tout, un monde tiré par les cheveux.

Burton se rattrape avec l’esthétique majoritairement irréprochable de ses films (quoique, dans Dark Shadows, tout semble soit moins maîtrisé, soit trop modernisé). Il nous attendrira toujours avec ses personnages anticonformistes et délaissés et lorsqu’il essaie de s’en éloigner, nous ne ressentons plus d’empathie, plus grand chose. Heureusement que dans ce film, les seconds rôles viennent innover. Ils sont excellents, ont des personnalités jubilatoires, drolatiques, tout en gardant cette légèreté et cette rigidité que Johnny Depp semble peiner à nous offrir.

Bref, Burton déçoit, il semble abandonner son style pour se lancer dans le marketing. Un film pas mauvais mais décevant venant d’un tel homme. Espérons que ce n’est qu’un faux pas.

Clémence Pun, 18 ans, Collège de Candolle, Genève

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