“Django Unchained”, ou la vengeance par le cinéma

Dans Lincoln, le dernier Spielberg, on combat l’esclavage en faisant passer le 13ème amendement ; dans Django Unchained, on fait sauter une plantation de coton, et on massacre des marchands d’esclaves à coups de revolver. Tout ceci pour la plus grande jouissance du public.

Quentin Tarantino parvient une fois de plus à pousser son audace un cran plus loin en signant son film le plus dénué de merci. Django (Jamie Foxx), un jeune esclave, est sauvé de son tragique destin par le Dr King Schultz (Christoph Waltz), un dentiste allemand reconverti en chasseur de primes. Ensemble, ils font équipe pour sauver la bien-aimée de Django, Broomhilda (Kerry Washington), des griffes du terrifiant Calvin Candie (Leonardo DiCaprio), propriétaire terrien dans le Mississippi, et marchand d’esclaves doté d’un manque total de compassion. Dans les grandes lignes, le scénario n’envie rien à n’importe quel autre western; c’est dans les dialogues que Quentin Tarantino s’illustre une fois de plus, offrant à sa troupe stellaire la possibilité de briller dans leurs rôles : Jamie Foxx, d’abord discret, devient vite une puissance redoutable et redoutée à l’écran. Waltz nous éblouit à nouveau dans une performance semblable à celle livrée avec brio dans l’opus précédent de Tarantino, Inglourious Basterds, mais tout aussi spectaculaire. Leonardo DiCaprio aussi brille par sa cruauté (certains se souviendront de son jeu dans L’Homme au masque de fer dans le personnage du sadique Louis XIV), et Samuel L. Jackson, fantastique dans son interprétation de l’Uncle Tom le plus méprisable qu’on aie vu au cinéma.

Sinon, on peut se réjouir du premier véritable western-spaghetti de Tarantino, qui avait déjà touché à l’esthétique du genre dans Kill Bill 2 et Inglourious Basterds ; ici, il va jusqu’au bout, même jusqu’à doter les flash-back d’une image aux couleurs délavées, comme si les séquences sortaient tout droit d’un western de l’époque ; c’est un plaisir de visionner son montage, certes lent à certains moments, mais intelligent et complètement extravagant.

Venons en finalement à la violence, car, si le cinéaste est connu pour ses séquences brutales et gore, ce film est peut-être le plus violent. Tarantino distingue lui-même dans ses interviews deux violences différentes dans le film : la férocité de l’esclavage envers les gens de couleur, la violence qui dérange le plus, tout en contextualisant le film, et qui sert à nous confirmer la décrépitude morale du Sud à cette époque. La deuxième violence, qu’il appelle « cathartique », est la vengeance de notre superhéros qui s’abat sur tous les méchants ; cette violence-ci est celle à laquelle nous sommes habitués chez Quentin, la burlesque, la comique, qui laisse jaillir le sang dans le but de réparer le passé. Car, si dans Inglourious Basterds, il prend le parti des juifs opprimés pour faire la peau à Hitler, c’est la défense des victimes de l’esclavage, thématique encore plus pertinente car beaucoup moins évoquée au cinéma, qu’il prend ici. Voilà donc son but : grâce au cinéma, il tente de réparer les injustices historiques commises contre les minorités, se vengeant de la seule manière dont il est l’expert : une vengeance brutale, sanglante et complètement jouissive. Cette violence, couplée avec des scènes de dialogues pleines de suspense et de citations cinématographiques (l’apparition de Franco Nero, par exemple), tendent vers un rythme parfois difficile à suivre, mais vers un film qui mêle parfaitement divertissement brutal et esthétique épurée.
L’unique chose qui reste, lorsque le générique de fin commence, est l’amour inconditionnel que Quentin Tarantino porte au cinéma.

Quentin Schopfer, 18 ans, Collège de Candolle, Genève
Quentin_Schopfer

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