“Fenêtre sur cour” : du fictif naît la vérité

Une cour endormie, le visage d’un homme en sueur immobilisé par sa jambe plâtrée, un appareil photo brisé, sur le mur des photos de voitures de courses ainsi qu’une pile de magazines de mode ; de cette façon est posé le décor.

Maître du temps, Alfred Hitchcock nous présente Jeffries (James Stewart) en un unique mouvement d’appareil. L’homme est contraint à rester assis suite à un reportage sur un circuit automobile, il adoptera par conséquent une étonnante attitude de voyeurisme. En effet, au travers de sa fenêtre donnant sur une cour intérieure, le personnage développe une pulsion scopique le poussant à scruter les moindres activités quotidiennes de ses voisins.

Fenêtre sur cour représente toute la complexité qui caractérise l’entière filmographie d’Hitchcock. La fenêtre, avant tout métaphore de la réalisation cinématographique, correspond également à la vision du monde que se fait le personnage. Il projette ainsi ses inquiétudes et sa peur de l’engagement sur ses voisins qui vont alors imager les différentes étapes d’un potentiel avenir de couple. Couple que pourrait bien former Jeffries et la séduisante Lisa (Grace Kelly), détentrice des quelques magazines qui ont pris place dans l’appartement de celui qui se figure le mariage comme ennuyeux et étouffant.

De plus, ses observations révèlent également ce qui sera l’un des moteurs principaux du film : le potentiel assassinat de Mme Thorwald. Ainsi s’enchaîne une ribambelle d’observations convaincant de manière toujours plus forte le photographe de la disparition suspicieuse de sa voisine. Se déploie alors le génie du réalisateur : en dissimulant habilement, mais avec un soupçon de cruauté tout de même, des informations cruciales, le réalisateur contraint son spectateur à penser que Jeffries, développant le versant maladif de son attitude, mène son enquête à tort.

Maître du suspense, Hitchcock garde à la fois le public et ses personnages en haleine jusqu’à ce que la vérité tombe.

La fenêtre s’obscurcit, c’est la fin d’un chef d’œuvre.

Giuletta Mottini, 19 ans, Université de Fribourg

Advertisements
This entry was posted in TJC Lausanne. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s