Fenêtre sur le spectateur ou la salle de cinéma

Le 30 janvier 2013, j’ai eu l’occasion de redécouvrir le chef d’oeuvre d’Alfred Hitchcock Rear Window sur grand écran. Depuis que la Cinémathèque suisse a repris la salle du Capitole sous son aile, le public se fait plus nombreux, surtout lors d’évènements particuliers, comme hier soir, lors de la soirée d’ouverture sur la rétrospective «Fenêtres, de la Renaissance à nos jours» organisée par la Fondation de l’Hermitage. Une séance avait sans doute été organisée dans cette salle dès la sortie du film en 1954, mais aucun article d’archive n’a été retrouvé.

Jeffries, photographe en convalescence contraint de rester chez lui plusieurs semaines, se met à observer le comportement de son voisinage. Jeffries se retrouve un peu comme la ménagère des années 50, qui reste à la maison, qui s’occupe des tâches ménagères à la maison, et qui regarde la télévision. Cependant, Jeffries ne possédant pas de télévision va se retrouver à observer ce qui se passe dans l’immeuble d’en face: pratique qu’il n’aurait jamais envisagée s’il n’avait pas été coincé chez lui. C’est en étudiant la vie de ses voisins à travers des jumelles ou objectifs d’appareil photo qu’il va se rendre compte qu’un meurtrier habite dans la maison d’en face. Avec l’aide de sa fiancée Lisa, il va récolter des indices pour résoudre ce crime.

On peut remarquer que la femme remplit le rôle que l’homme a l’habitude d’occuper. Présentée comme une femme indépendante, courageuse et pleine d’audace, Lisa va en effet risquer sa vie – jusqu’à escalader l’immeuble – pour aider son fiancé dans son enquête. Elle joue donc le rôle du détective en activité qui, lui, a délégué son rôle, ses risques.

Dès le début du film, le spectateur s’identifie à Jeffries car, comme lui, il se retrouve bloqué et impuissant face à la situation qui se déroule sous ses yeux. Or, il adopte un comportement jouissif face aux petites habitudes de ces personnes, qui elles, ignorent qu’elles sont observées. Sans aucune interaction possible, le public ne peut que réagir face à ce qui se passe sur l’écran, sans pouvoir se lever pour aller résoudre le crime, ou sauver Lisa lorsqu’elle se retrouve en danger.

Nous sommes là à regarder le film, comme le spectateur «passif», qui attend que l’action se déroule : Jeffries attend en regardant par la fenêtre. Et nous attendons le regardant attendre, et regardant ce qu’il regarde. A chaque fois que Jeffries contemple le voisinage, Hitchcock utilise la caméra subjective; c’est-à-dire que nous voyons les scènes à travers le regard du protagoniste. Cependant, en prenant l’exemple de la scène où il s’endort, cette caméra délaisse le point de vue du héros pour se promener dans le voisinage. Cela nous montre ainsi une sorte de prolongation du regard de Jeffries, comme si, même endormi, son âme continuait à épier. On pourrait imaginer qu’à travers ce procédé, Alfred Hitchcock s’adresse plus directement au spectateur.

Rear Window parle donc avant tout de voyeurisme, du rôle de la femme au cinéma, et également de la place du spectateur dans un film. Cependant, c’est avec plaisir que nous  restons assis dans le noir, tendus et sans bouger car, comme dans la plupart de ses oeuvres, Alfred Hitchcock arrivent à capter le spectateur avec des éléments simples et ténus à la fois.

Anaëlle Morf, 22 ans, Ecal 

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