“L’Ecume des jours” – Dans la tête de Boris Vian

Deuxième adaptation du roman de Boris Vian, plus de 40 ans après celle de Charles Belmont, L’écume des jours de Michel Gondry retrace l’histoire dramatique de Chloé et Colin dans leur univers plein de fantasme et de légèreté.

Nous nous laissons transporter tout au long du film par le jazz, les images, les couleurs, le jeu plein de spontanéité du couple Duris-Tautou, représentation fidèle du monde imaginé par Boris Vian. L’écran regorge de petits détails, tous plus insolites les uns que les autres, pleins de fantaisie et d’humour, ce qui permet au spectateur de plonger de suite dans l’univers de l’auteur. Bien qu’entraînante au début, cette manière de procéder fatigue rapidement le public, volant la vedette au propos du film. Cela dit, comparé à l’adaptation de Charles Belmont de 1968, qui montre une atmosphère plate à l’opposé de celle de Michel Gondry, ce dernier nous embarque dans un voyage poétique et sincère, tout du moins jusqu’à l’annonce de la maladie de Chloé, moment à partir duquel ce désir de mettre une image sur toute l’écriture de l’auteur devient franchement envahissant et oppressant.

La plus belle surprise se retrouve dans la mise en scène-même, et se remarque à  l’issue du film : ce dégradé stupéfiant de la couleur au noir-et-blanc à mesure que le personnage de Colin sombre dans la tristesse et la mélancolie. L’image parle d’elle-même, et pourtant il fallait y penser.

Enfin, il convient de mentionner l’élément qui accompagne les personnages et leur histoire tout au long du film : l’eau. Tantôt le compagnon des moments de pur bonheur, comme lors de la cérémonie du mariage de Chloé et Colin, tantôt présente dans les pires instants, tandis que Colin se laisse mourir de chagrin à la clôture du film, l’eau est représentée sous toutes ses formes, et largement usitée pour apporter une esthétique sans pareille à l’image. Sous forme de bulles chez Colin, elle est signe de légèreté et d’insouciance. Lorsqu’elle remplit l’entièreté de l’écran pendant que le couple principal sort de l’église, elle offre une illusion de voltige, accentuée par le ralenti. De plus, à l’instar de Boris Vian, lors de la scène de l’incendie de la librairie, elle prend la forme d’un oxymore : Alise vient de mettre le feu à la librairie, qui s’inonde et dont l’eau soutient des braises flamboyantes à sa surface. Enfin, alors qu’au début elle était signe de frivolité et d’insouciance, l’eau immerge le personnage de Colin dans sa tristesse et son chagrin, et nous livre une ultime image sombre comme les pensées de ce dernier.

Michel Gondry nous livre donc un très beau film poétique et fantasque, servi par la fraîcheur du jeu du couple Romain Duris – Audrey Tautou et de leurs compagnons tout aussi formidables. Le spectateur ne doit pas se laisser décourager par le ralentissement de la narration vers la moitié du film afin de découvrir cette image finale à l’opposé du début : sobre et silencieuse.

Marie-Christine Beris, 18 ans, Collège de Candolle, Genève

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