“L’Ecume des jours” – Une trop grosse “Gondryole”

Un monde bricolé, bariolé qui nous ramène à notre enfance, à nos jeux. Tel est le monde que Michel Gondry affectionne tant. Il use de procédés souvent dépassés pour mettre à l’image des histoires. Nous, spectateurs, on observe, on se demande : “Avec quoi a­‐t­‐il fabriqué ce gâteau si délicieux ? Du plastique ?” Non, du tissu, comme si cuisiner c’était coudre, comme si l’enchevêtrement de fils pouvait se déguster. Là, on repense à ces faux repas que réalisent les enfants. Vous voulez un peu de gâteau, il est très bon ! Oui volontiers. A ce moment on fait semblant de goûter ce bout de plastique non comestible et on sourit. C’est très bon, effectivement. Notre langue n’a même pas touché le produit qu’on est transporté, qu’on idéalise la saveur que pourrait avoir cette pâtisserie. Michel Gondry joue avec nos sens et c’est ce qui me plaît chez lui, ce traitement enfantin dans un monde qui nous rappelle chaque fois à l’ordre.

L’idée qu’il adapte L’écume des jours était enthousiasmante. En effet, qui était plus à même de transposer à l’écran l’univers si singulier, si spécial que décrit Boris Vian ? L’histoire au fond est très simple, une romance entre un homme et une femme, qui va être mise à mal par l’arrivée d’une maladie. La femme (Chloé) a un nénuphar (sorte de cancer) dans le poumon droit. Leur vie de couple va être chamboulée et le mari (Colin) va tout faire pour soutenir sa femme. Ce qui frappe dès le début du film, c’est la présence très envahissante du réalisateur. Dans chaque plan, on ne pense qu’à ça. Tout l’univers est bricolé, à un tel point que ça en devient écoeurant. Michel Gondry se place même dans le rôle d’un personnage secondaire et je ne suis pas tout à fait convaincu de sa prestation. La stop­‐motion dans La science des rêves était bien dosée mais ici, il y en a trop. On se met à s’ennuyer alors que ce n’est absolument pas le but recherché. On ne comprend pas toutes les allusions, les jeux de mots de Boris Vian et lorsqu’on comprend, on sourit gentiment. Peut-­‐être qu’un univers aussi riche que celui de Vian n’était pas compatible avec l’univers de Michel Gondry, lui aussi très fourni. On ne respire malheureusement pas souvent dans le film et on se prend trop la tête à essayer de tout comprendre. Alors oui, je ne vais pas faire comme si j’avais tout compris, analyser… Car non, énormément de choses m’ont échappé et c’est justement là que ma critique devient positive.

Ce film est une très bonne leçon à toutes les personnes croyant pouvoir tout analyser et expliquer dans un film. Tout, dans L’écume des jours, n’a pas forcément de raison logique d’être là. C’est un foutoir organisé mais ça reste un foutoir. Sans doute quelque chose qu’on ressentait déjà dans le livre de Vian. Pourquoi un nénuphar ? Il symbolise autant la renaissance que la fertilité ou encore la froideur. Chloé l’attrape après avoir reçu un flocon de neige près de son cœur, alors est‐ce que c’est le fait d’avoir le cœur de glace qui cause son malheur? Je ne sais pas, on pourrait faire pas mal de suppositions mais très franchement, en fin de compte on s’en fiche.

Le film est envoûtant car il traite d’un sujet dramatique tout en restant continuellement dans le monde de l’enfance. Mais attention, on n’en ressort jamais ; à aucun moment le nénuphar se fait appeler cancer, alors que le spectateur n’a que ce mot là à la bouche. Une séquence à la fin qui a tout du cinéma muet sera le seul moment où le film prendra un aspect dramatique. Ce qui m’a beaucoup plu, ce sont les passages où la métaphore prend le pas sur la mise en scène. Je m’explique : lorsque Colin apprend que Chloé est malade, les murs autour de lui se rapprochent afin de l’enfermer complètement. Cette sensation d’enfermement qu’il peut ressentir en lui, on l’a voit et c’est génial. Lorsqu’il court pour la rejoindre, son ombre devient vivante et se met à le poursuivre. Cette noirceur qui le rattrapera tôt où tard quoiqu’il fasse nous annonce la mort de Chloé. Le message passe et c’est ludique en plus, ça c’est du bon Michel Gondry. Tout le film se construit comme une énorme métaphore filé, seulement certaines fois ça marche, d’autre fois ça tombe à plat, la faute à une trop grosse surenchère.

Je trouve que le côté sentimental de l’histoire n’a pas été assez exploité. On est touché par ce couple qui finit par faire faner tout ce qui est autour de lui. La maison se rapetisse et moisit. Leur ami Chick, le drogué de Jean‐Sol Partre meurt. Mais j’espérais être plus remué lors de la mort de Chloé. A la fin, Colin, lui, se met à tirer sur des nénuphars avant de se jeter à l’eau. Certes les idées sont bonnes mais on n’arrive pas à s’identifier complètement aux personnages. On a l’impression que Gondry a plus travaillé sur l’élaboration du décor que sur la psychologie de ses protagonistes et c’est dommage.

Pourtant les acteurs sont bons. Romain Duris ne m’a pas énervé (c’est bon signe). Audrey Tautou, Gad Elmaleh et Omar Sy restent eux-­‐mêmes sans en faire trop. Peut-­‐être que le réalisateur a dû les laisser assez libres sur leur manière d’interpréter et là on touche justement la psychologie des personnages. Hé oui, quand on a peu travaillé sur leur psychologie, eh bien on sait pas trop comment leur dire de jouer. Il n’empêche qu’Alain Chabat est fantastique dans son rôle de cuisinier, ça fait plaisir de le revoir.

Verdict : pour moi ce film se déguste comme un énorme bonbon bien sucré et très coloré. C’est bon, mais malheureusement très écoeurant et comme tous les bonbons, soit on adore, soit on déteste. Il y a des idées géniales mais la pléthore d’artifices autour nous empêche de tout comprendre et nous ennuie. Libre à chacun d’interpréter à sa manière les multiples métaphores. Ce n’est pas le meilleur film de Michel Gondry mais il réussit tout de même à nous montrer ce que c’est que l’amour. Cette manière qu’on a de l’idéaliser, de se retrouver transporté par un premier baiser. Le lien qui peut s’établir avec notre partenaire amoureux, qui ne s’effacera jamais, même après sa mort. Un conseil, si vous allez voir le film, ne cherchez pas à tout comprendre sinon vous allez perdre ce côté délirant qui fait la magie de l’œuvre de Vian. Maintenant, je vais vous laisser et aller détruire des nénuphars, je ne veux pas que ma copine attrape une de ces saletés. 

Olivier Gaudet-Blavignac, 20 ans, Ecole de Cinéma de Genève

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