BOYHOOD, de Richard Linklater – Quand la fiction surpasse le documentaire

Boyhood_evolutionBoyhood retrace la vie d’un enfant de ses 6 ans à sa majorité, on nous plongeant dans tous les petits problèmes typiques de cette période de la vie : les premiers émois de l’adolescence ainsi que les choix importants de jeune adulte.

Le réalisateur aura filmé pendant 12 ans les mêmes comédiens dans un cadre banal, mais la manière dont l’histoire se déroule nous entraîne dans la vie de ce petit garçon et de sa famille. Pour parvenir à concrétiser son projet, Richard Linklater a été confronté à un grand problème : le financement. En effet, trouver des comédiens, des producteurs et des techniciens d’accord de filmer sur une période si longue n’était pas chose aisée. Généralement, le cinéma use d’artifices (maquillage, effets spéciaux, plusieurs acteurs d’âges différents pour un même rôle) pour signifier le temps qui passe. Mais Richard Linklater a fait le choix de filmer ses comédiens vieillir en même temps que leur personnage. Je trouve ce choix judicieux et cela confère au film un aspect « réaliste » inédit.

Richard Linklater nous rend également attentif à l’évolution du temps en attirant notre attention sur les technologies présentes dans le film et leur évolution ainsi que sur des artistes et des modes qui ont marqué leur époque. Nous pouvons ainsi situer les personnages dans la courbe du temps.

Par bien des aspects, ce film s’apparente à un travail de documentaire car nous suivons l’évolution d’un enfant américain type et pouvons comparer son mode de vie avec le notre. L’esprit politique, les fêtes et les coutumes farfelues, sont différentes des nôtres. En Europe, nous ne recevons guère des fusils comme cadeau d’anniversaire ! Pourtant le film est une fiction, et cela permet de filmer les événements que Linklater veut, il invente des scènes et a donc une grande liberté. En revanche, les acteurs ont vécu plusieurs semaines par année comme une famille, cela a sûrement renforcé les liens entre eux et nous pouvons le ressentir dans le film. Le documentaire donne moins de possibilités au niveau des événements qui se déroulent. Et pour les spectateurs le fait que cela soit une fiction leur permet de pénétrer, de se plonger dans l’histoire, de s’identifier. Si le long métrage avait été un documentaire, nous serions restés extérieurs, simples spectateurs assistant à une vie de famille particulière. C’est cela qui fait la richesse de « Boyhood » et qui est très important : devant ce film, nous n’avons nul besoin qu’on nous explique la vie car nous en faisons partie.

Il est intéressant de voir que Linklater ne s’attarde pas sur les scènes cliché comme le premier baiser, la rentrée des classes, ou le bal de fin d’année. Il nous emporte dans une certaine banalité mais qui reste captivante et envoutante.

Si certains spectateurs pourront penser que le film est d’une durée exagérée pour un scénario si anodin nous pouvons leur rétorquer que résumer 12 ans d’existence en seulement 90 minutes serait peut-être trop court…

Je suis entré dans la salle de cinéma sceptique et en suis ressorti troublé, je venais de visionner une partie de la vie d’une personne. Cela m’a paru très anodin, mais le film est comme une rivière qui coule, douce et fluide, elle nous emporte.

Bruno Cabete, École de Maturité Spécialisée de Moutier, 16 ans

Advertisements
This entry was posted in TJC Berne. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s