Insomnia (2002) de Christopher Nolan

pho2.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLa descente aux enfers d’un homme dans le jour constant.

Dans ce film, ce qui frappe surtout, c’est l’évolution du personnage principal. Au début du film, Will Dormer (incarné par Al Pacino) est le meilleur flic qui soit. Il donne des ordres, analyse la situation avec une facilité déconcertante et il nous semble qu’il pourrait faire dire n’importe quoi aux témoins récalcitrants. Son premier moment, pourrait-on dire de faiblesse, survient lors de sa discussion avec son coéquipier (joué par Martin Donovan). Leur dispute à propos des affaires internes est vigoureuse et porte sur quelques procédés contestables de Will dans une histoire de meurtre à Los Angeles. Mais là n’est pas l’instant décisif qui va amorcer sa descente aux enfers.
C’est après avoir tiré sur son coéquipier et l’avoir tué que plus rien ne semble avoir de sens pour lui et le brouillard intense représente justement le flou dans sa tête après son geste. A partir de ce moment, il n’a plus confiance en lui, en ses jugements et en ses valeurs et ce manque de confiance en lui détériore ses relations avec les autres personnages, notamment la supériorité et l’autorité qu’il avait jusque là sur les membres de l’équipe policière.
En fait, pendant le premier quart d’heure, Nolan nous fait passer l’inspecteur Dormer comme un véritable héros, pour ensuite s’amuser à lui pourrir la vie. L’inspectrice (interprétée par Hilary Swank) le prend en pitié et le chef de la brigade (joué par Nicky Katt) fait même preuve d’autorité envers lui, chose impensable précédemment. Et le meurtrier (incarné par Robin Williams, qui n’a pas souvent eu à jouer ce rôle de méchant sans portée comique dans sa carrière), qui a été témoin de la scène dans le brouillard s’amuse lui aussi avec les faiblesses du personnage principal en prenant bien garde à ne pas le laisser s’endormir au cas où il y parviendrait. Car c’est bien dans le titre du film “Insomnia” que se déroule toute la trame. Will ne peut pas dormir et il essaie de se persuader que la cause est la présence continuelle de lumière alors qu’en fait, il est tellement touché au sujet de sa culpabilité qu’il n’arrive plus a en trouver le sommeil. Lui-même, ne sait pas si son acte était volontaire ou pas. La journée toujours présente fait aussi perdre ses repères au spectateur et impose un rythme inhabituel. Il n’a plus les points temporels qui pourraient lui permettre de se situer dans le temps, ce qui est assez dérangeant et, je trouve, plutôt intéressant.
D’un autre côté, dans ce film, l’aspect symbolique est très fort. Par exemple la gérante de l’hôtel, jouant le rôle très religieux de rédemptrice, qui accorde le pardon ou encore, dans la scène de course poursuite entre l’inspecteur et le meurtrier, les troncs d’arbres flottants jouant le rôle de barreaux de prison qui enferment le personnage principal dans ses travers et sa culpabilité, qui l’empêchent de remonter à la surface.
Enfin, ce film, et, à travers lui, le réalisateur Christopher Nolan, n’émet pas de jugement de valeur. Il laisse au spectateur le soin de déterminer la limite entre le bien et le mal. Il essaie de ne montrer que des faits, ne dérogeant à cela que par des flashbacks et lorsque le personnage principal entre dans des instants de détresse pure causés par la fatigue et très biens montrés par la difficulté à faire le point sur un objet précis, alternant le flou et le net.

Léo Michoud, 16 ans, Gymnase de Morges (2M10)

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