More de Barbet Schroeder

more 3“More”, un petit Requiem

Le film More (1969) de Barbet Schroeder montre explicitement la descente dans la drogue, étant un sujet d’actualité à l’époque. Stephan Brückner (Klaus Grünberg) est un étudiant qui vient de finir ses études en mathématiques et qui décide de partir en voyage sans but précis, autre que celui de découvrir la vie. Il a tout l’air, d’après ce que le film en dit au début, d’être un étudiant appliqué. Rien ne laisse donc penser qu’il puisse plus tard sombrer dans l’addiction.

Mais, de fil en aiguille, à travers une connaissance (Charlie (Michel Chanderli)) il rencontre Estelle Miller (Mimsy Farmer), dont il va tomber fou amoureux et qui va l’introduire aux plaisirs de la drogue. D’abord, ce sera simplement du cannabis, aux effets secondaires minimes et à la toxicité faible. Mais ensuite il en vient à prendre des drogues plus puissantes, jusqu’à arriver enfin au fléau de son époque : l’héroïne, fortement addictive et rapidement mortelle.

Qu’est-ce qui l’a donc poussé à faire tout ce chemin ? Est-ce le seul appel de la drogue, ou a-t-il suivi l’exemple de sa bien-aimée ? A un moment du film, Stephan raconte l’histoire de gens qui avaient décidé de vénérer le soleil et de le regarder toute la journée, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Lui et Estelle se moquent, ou du moins laissent paraître qu’ils considèrent cette croyance comme insensée. Pourtant Stephan est comparable à ces gens : comme eux, il agit en dépit de sa santé, il se laisse aveugler par l’amour, qui le pousse parfois à être violent, à agir de manière incohérente. En outre, on peut remarquer qu’Estelle signifie « étoile » en latin, ce qui parfait la comparaison. Stephan suit son étoile, son soleil, comme les fidèles du soleil, et il sera comme eux mené à sa perte par Estelle. Mais il ne le remarque pas au moment de raconter son histoire et ne va malheureusement pas se remettre en question ni s’en sortir à temps.

Une question importante se pose à la fin du film : est-ce que la mort du héros doit être considérée comme un suicide ou pas ? Comme le dit Estelle, les drogues comme le LSD ou le cannabis permettent d’apprécier davantage la vie, tandis que l’héroïne permet de la fuir. Si Stephan est mort en essayant d’échapper à la vie, ses motivations ne sont-elles pas comparables à celles d’un suicidé ? Mais, en même temps, il ne comptait pas en mourir, et on le voit parfois aussi apprécier la vie et se rendre compte de sa beauté, notamment lorsqu’il prend du LSD et qu’une série de gros plans sur la nature défile sur l’écran. Il n’a donc pas tout d’un homme enclin à s’ôter la vie, mais il ne demande qu’un moment de répit.

Le film est un des premiers à être aussi explicites sur le sujet de la drogue et du sexe. Il marque beaucoup le public par cela, ainsi que par sa bande son originale, composée et jouée par les renommés Pink Floyd. Pourtant, d’après moi, le message qu’il essaie de faire passer est peu efficace, comparé, notamment, au fameux Requiem for a Dream (2000). Bien sur, More n’a pas hérité de toute la connaissance en matière cinématographique qu’Aronofsky, ni des moyens liés à la technologie ou la popularisation du cinéma depuis les années 60. De plus, il est possible que je trouve le film Requiem for a Dream plus marquant car il parle d’un époque qui est la mienne, tandis que More fait référence à un temps que je n’ai pas connu. Mais More nous fait moins ressentir la manière dont les personnages sont peu à peu régis par la drogue. Ici, tout à coup, presque du jour au lendemain, Stephan se retrouve accro et en vient à mendier ses doses à un ami dans la rue, puis meurt d’overdose… La gradation n’est que peu perceptible puisque, dès qu’il prend plus d’héroïne, le héros meurt. Cela ne montre pas la phase où il en faut toujours plus (“More”), pour retrouver l’effet voulu.

Cependant, More reste un bon film avec une ambiance très planante, de par sa musique, le choix des plans et son rythme, qui nous laisse nous plonger dans l’histoire des personnages. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, les gens se lançaient sur une voie peu explorée ou, du moins, moins explorée que maintenant.

Renaud Martin,
17 ans, Gymnase de Morges

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