Festival de Locarno (1) – The Girl With All The Gifts, de Colm McCarthy

Trois représentants de la TRIBUne des jeunes cinéphiles (deux Romands et une Tessinoise) couvrent le 69e Festival international du film de Locarno. Voici la première de leurs contributions, consacrée au film d’ouverture.

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The Girl with All the Gifts, du réalisateur britannique Colm McCarthy propagea rapidement une tension palpable au public de la Piazza Grande, lors de la soirée d’ouverture de la 69ème édition du festival international du film de Locarno. Le film met notamment en scène la jeune Sennia Nanua ou encore Gemma Arterton, qui incarnent respectivement l’héroïne Mélanie et son enseignante.

Un champignon pandémique partage la population en trois catégories distinctes: les personnes saines, les infectés ou « affams » zombies assoiffés du sang frais des humains non contaminés ; et, entre ces deux groupes, des enfants porteurs sains de la maladie qui bien que friands de chair humaine, gardent leurs capacités cérébrales. Parmi ces derniers il y a Mélanie, une jeune fille brillante au cœur d’un programme mené par une scientifique, dont le but est de développer un vaccin synthétisé à partir de la moelle des bambins cannibales.

Outre la thématique de l’enfance intégrée à un « film de zombies », l’œuvre est surprenante par plusieurs aspects, dont celui de son genre, qui fait d’abord penser à un huis clos. Au travers des couloirs anxiogènes de la cave d’un bunker éclairée aux néons, le décor claustrophobe transmet efficacement une sensation d’enfermement, le tout renforcé par des cadres resserrés et un recours quasi systématique à une très faible profondeur de champ, privant définitivement le spectateur de tout espace éventuel. Le genre véritable du film n’est révélé que relativement tard, dans un premier plan laissant apparaître des zombies au-delà de la zone protégée de la forteresse et correspondant également à la première scène en extérieur. Le huis clos laisse ainsi progressivement place au « film de zombies », progression non seulement marquée par le fait que l’intrigue se déroule principalement à l’air libre dans la seconde moitié du film, mais également par l’évolution des couleurs d’une part, mornes dans un premier temps, plus vives par la suite, et d’autre part de la lumière : artificielle au départ, naturelle et plus puissante ensuite, certains arrière-plans s’en retrouvent même volontairement surexposés. L’élargissement des cadres, allant jusqu’à des plans très étendus de Londres en proie à l’apocalypse, est également à relever. Ces derniers sont d’ailleurs utiles à deux niveaux différents. Premièrement, ils sont efficaces pour montrer l’étendue des dégâts provoqués par la maladie ; deuxièmement, l’ouverture du cadre reflète symboliquement l’ouverture progressive de l’esprit des adultes qui côtoient Mélanie, ouverture d’esprit qui va permettre à certains sentiments de se développer et le dégel des cœurs est suivi, au niveau de la forme, par le réchauffement des couleurs et l’intensification de la lumière.

Le défaut de cette esthétique plus claire et colorée, de ces plus grands espaces, se ressent au niveau de la tension, qui malheureusement retombe. Son maintien n’est en aucun cas soutenu par l’humour qui, timide dans un premier temps, prend plus de place par la suite, parfois trop, particulièrement lorsque certains personnages font des jeux de mots. Comment le suspense peut-il être maintenu auprès du spectateur si les protagonistes mêmes du film semblent ne subir aucun stress ?

A rajouter au compte des points négatifs : une écriture qui a recours à quelques facticités entraînant parfois des incohérences et des situations un peu trop vues dans le genre, menant à certaines scènes dont le dénouement semble convenu d’avance. A relever également une certaine lourdeur durant les scènes d’exposition de la relation entre Mélanie et son enseignante – pleine d’admiration et d’un désir de protection quasi maternel envers son élève – qui feraient presque passer l’héroïne pour une première de classe agaçante. En dernier lieu, bien que l’univers du film possède des règles propres clairement explicitées, les dialogues sont un peu trop artificiels et ils ne manquent pas de rappeler au spectateur que c’est bien à lui que les informations sont destinées.

Néanmoins, il est à mettre au compte du film une approche différente de la symbolique de l’enfant : adieu l’innocence, ces jeunes sont mêlés à des scènes d’une rare violence mais ce, tout en restant attachants. En parlant de violence, le film semble d’ailleurs ne faire aucune concession à ce niveau, avec une représentation très organique de cette dernière.

Finalement, The Girl with All the Gifts est surtout fort de son personnage principal – l’auteur du roman dont le film est adapté l’a d’ailleurs dit lui même avant la projection: tout a été construit autour de ce personnage – une Pandore apocalyptique répandant le sang comme l’amour et détenant à elle seule l’espoir d’un avenir meilleur.

Luca Moessner, 18 ans, Gymnase de Morges

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