Festival de Locarno (3) – Côté court

Trois représentants de la TRIBUne des jeunes cinéphiles couvrent le 69e Festival de Locarno. Les deux Romands commentent ci-dessous la compétition des courts métrages.

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Le Festival international du film de Locarno décerne chaque année, outre des prix majeurs, deux récompenses destinées aux jeunes réalisateurs de court-métrages. Ce concours nommé Pardi di domani, dont le jury est présidé par Edgar Reitz lors de cette édition, partage les films en deux catégories : suisses et internationaux.  A l’occasion de la soirée d’ouverture, le réalisateur allemand président du jury recommanda au public de ne pas négliger les court-métrages, expliquant que les talents de demain se révèlent dans cette catégorie. Et le moins qui puisse être dit, c’est que ses paroles ne tombèrent pas dans l’oreille de sourds !

En effet, lors de la première projection dans La Sala d’une série de quatre court-métrages suisses – La Femme et le TGV, Die Brücke über den Fluss, Côté cour et Lost Exile – la salle afficha rapidement complet et une bonne cinquantaine de personnes furent refoulées. Même à l’occasion de la deuxième projection qui eut lieu le lendemain de bonne heure, L’altra Sala se trouva bien vite remplie. Au vu de la qualité de la majorité des œuvres proposées, cet engouement est justifié. Deux de ces œuvres ressortent particulièrement du lot : Côté cour et Die Brücke über den Fluss.

Lora Mure-Ravaud qui, du haut de ses 26 ans, avait déjà réalisé la Joconde qui fut sélectionnée à plusieurs festivals dont celui de Locarno et passa même sur ARTE, présente cette année Côté cour. Mettant en scène une jeune femme, incarnée par la convaincante Lola Giouse, le cout-métrage s’interroge sur les limites entre la fiction et la réalité, ceci dans le cas de la scène et du hors-scène. La protagoniste, assistant à une série de performances individuelles dans un théâtre, se retrouve face au personnage de Thibaut Evrard qui déclame un poème et prononce les mots que la jeune femme désire entendre. Ainsi elle commence à considérer que les vers sont pour elle et que le comédien projette sur elle un réel désir. En plaçant le spectateur, à l’instar de la jeune femme, directement en face du comédien – ceci par le biais de gros plan sur ce dernier – le court-métrage transmet une forte émotion. Il relève de cette façon le principal défi du format, qui consiste à transmettre à l’audience une émotion, en un temps très limité, moins d’un quart d’heure en l’occurrence. Pour cette qualité et malgré une photographie et des décors qui trahissent des moyens financiers limités, cette œuvre puissante mérite beaucoup d’attention.

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Die Brücke über den Fluss, quant à lui, est un court-métrage animé plein d’émotions réalisé et dessiné par Jadwiga Kowalska, racontant l’histoire d’un homme qui, ayant perdu sa femme, cherche à la rejoindre dans l’au-delà. L’homme sur le point de sauter d’un pont se voit soutenu par quelques personnes se trouvant sur le pont d’en face. Alors que des visions de sa femme le hantent, le nombre de gens voulant l’empêcher de sauter augmente petit à petit. Partagé entre ses plaisantes visions et la réalité, l’homme ne sait plus que faire.

Seulement six minutes suffisent à Jadwiga Kowalska pour aborder la difficile thématique du suicide, sans choquer et en toute légèreté.

Premièrement, les traits plutôt grossiers et enfantins rendent le court-métrage tendre et apaisant pour le spectateur, cela malgré la thématique délicate. La technique de la dessinatrice est parfaite. En effet, comme nous avons cru le comprendre, Jadwiga Kowalska est une habituée du dessin pour enfant. De plus, les mouvements du dessin sont très fluides et harmonieux, comme pour les scènes de baiser entre l’homme et sa femme (voir image ci-dessus) où les deux corps dansent, tourbillonnant dans l’eau, leurs traits se partageant. La femme qui appelle son homme à la rejoindre est d’ailleurs dessinée en sirène, rappelant les créatures mythologiques qui attirent les marins pour que leur bateau chavire. A tout ceci s’ajoute la musique collant parfaitement au dessin et complétant ce doux ensemble.

Cette opposition entre fond et forme, en plus de permettre à l’artiste d’aborder un thème difficile sans choquer, fait partie inhérente du court-métrage car colle parfaitement à la manière dont le message (le suicide est un acte égoïste n’apportant que tristesse) nous est montré. Effectivement, la chute reste dans la continuité de cette dichotomie (entre fond profond et forme légère), livrant le message métaphoriquement et de manière totalement contre-intuitive, donc inattendue. Cette chute si surprenante agit différemment sur chaque personne, certains étaient à la fin du court-métrage bouche bée, tristes, voire rigolards.

Finalement, Die Brücke über den Fluss est un court-métrage à la fois touchant et troublant, d’une beauté enfantine auquel il est difficile résister.

 Luca Moessner & Marco Labagnara, 18 ans, Gymnase de Morges

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