Festival de Locarno (5) – Moka, de Frédéric Mermoud – Un tendre drame

Trois représentants de la TRIBUne des jeunes cinéphiles couvrent le 69e Festival de Locarno. Le Gymnasien Marco Labagnara commente ici le second long métrage de Frédéric Mermoud, montré sur la Piazza Grande.

Moka

A la mort de son fils, Diane Kramer, incarnée à l’écran par Emmanuelle Devos, voit sa vie détruite. Elle passe ses journées à se morfondre, en regardant les photos de son fils sur son téléphone à l’écran brisé, symbole du traumatisme engendré par la mort du jeune homme. C’est dans l’espoir de faire le deuil et de pouvoir retrouver une « vie normale » que Diane quitte la clinique de repos où elle était jusqu’à lors, afin de retrouver le conducteur de la voiture couleur moka qui a renversé son fils. Malheureusement, cette recherche obsessionnelle s’avère plus compliquée que prévue : Diane se retrouve face à une autre femme, à la fois charmante et mystérieuse, Marlène, interprétée par Nathalie Baye. Jusqu’où l’envie de vengeance mènera Diane ? Saura-t-elle retrouver l’équilibre psychologique dont elle a besoin ?

Moka, un film du réalisateur suisse Frédéric Mermoud, offre une vision tendre des dramatiques événements survenant dans la vie de Diane. Alors que certains éléments de l’intrigue, tel que la mort du fils, s’annoncent à la manière d’un polar ou d’un thriller, le film reste léger mais garde un suspense qui jamais n’étouffe le spectateur. Le point de vue sur les personnages, à l’exception de Michel, le mari de Marlène, reste neutre. Le film a le bon goût de ne pas trop en dire, laissant le spectateur juger le comportement des personnages de lui-même. Le film se termine par une note de tendresse qui amplifie cette douceur dans la vision offerte par Mermoud. De surcroît, les scènes filmant le bassin lémanique apportent ce côté naturel et tendre, permettant aux spectateurs de respirer et de se reposer de la pression engendrée par les différentes confrontations entre les deux protagonistes.

Tout d’abord, Diane est montrée comme déconnectée de la réalité, notamment dans une scène où elle se trouve dans une discothèque sur un fond de musique classique, marquant ainsi le détachement du personnage à son milieu. De plus, sa folie et son besoin de se réinsérer dans la vie la pousse dans une relation avec Vincent, un jeune dealer. Ensuite, la volonté de mettre un visage sur le meurtrier la mène à Marlène, un personnage qui, malgré qu’il soit présumé coupable, reste attachant car montré comme souriant et sincère.

C’est d’une main de maître que le réalisateur tient cette pression dans la relation entre Diane et Marlène qui ne se relâche qu’à la toute fin, tout en gardant une légèreté. De plus, cette pression est augmentée par la voiture, objet du crime filmé en plans rapprochés qui la rendent d’autant plus meurtrière. Ensuite, le lac Léman entouré de montagnes, en plus d’être un milieu cher à Frédéric Mermoud, offre un parfait décor ressemblant à une arène dans laquelle les personnages féminins combattraient, comme le disait le réalisateur avant la projection du film. Cela concorde, donc, totalement avec l’esprit du film qui montre une confrontation non violente entre les deux protagonistes.

Finalement, c’est en alternant les scènes de confrontations et de voyage, en voiture ou sur le lac, tout en montrant la région lémanique, que Frédéric Mermoud offre un film unique à la fois apaisant et haletant de suspense.

Marco Labagnara, 18 ans, Gymnase de Morges

Advertisements
This entry was posted in Festival de Locarno 2016. Bookmark the permalink.

Laisser un commentaire

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Changer )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Changer )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Changer )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Changer )

Connecting to %s