Locarno Festival 2017 (1) – WINTER BROTHERS – L’ombre et la lumière

La TRIBUne des jeunes cinéphiles est présente au 70e Locarno Festival ! Deux Romands et une Tessinoise vous proposent au fil des jours leur regard sur les films qui ont retenu leur attention. Le premier texte porte sur “Winter Brothers”, présenté en compétition internationale.

Vinterbrødre, film islando-danois de Hlynur Pálmason avec Elliott Crosset Hove et Simon Sears, offre non seulement une somptueuse ouverture au Concorso Internazionale, mais également celle que mérite la 70ème édition du Festival de Locarno.

Emil et son frère sont ouvriers dans une carrière du grand Nord. Leur vie est dure comme la pierre, rude comme l’hiver qui les mine.

Emil vole des substances chimiques sur son lieu de travail pour en distiller un alcool maison, hautement toxique. Il revend par la suite ce breuvage à ses collègues et l’un d’eux en tombe gravement malade. Emil doit dès lors faire face au frère de la victime, et d’autres personnes conscients de son crime.

Il est seul, le monde est contre lui, même son frère ; et ce à cause d’une fille. Elle est une singularité féminine, noyée dans cette masculinité, parmi les machines, les foreuses et ces forces phalliques qui s’affrontent. Emil également est isolé, il souffre du rejet de tous et leur inaffection le consume.

L’austère mise en scène de Hlynur Pálmason rend magistralement compte des enjeux de l’œuvre qu’il décrit comme « une histoire de manque d’amour » et se révèle étonnamment affirmée pour un premier long-métrage. Les contrastes sont durs entre la noirceur des galeries et la blancheur de la neige omniprésente. La plastique visuelle reflète les tensions de vie et de mort, d’amour et de haine, d’ombre et de lumière.

Alors que tout semble s’opposer, les éléments les plus contradictoires se rapprochent, se cristallisent dans un corps ou une scène : Emil est fort et fragile, son frère se bat comme s’il faisait l’amour.

Si la mise en scène construit l’âpre atmosphère, le son et la musique la subliment : le vacarme assourdissant des machines qui se confond à la musique, continue à résonner dans le silence macabre en dehors de la mine.

Le film est certes glacial au point de faire passer les rares couleurs chaudes pour froides, mais dans ce désert polaire, chaque souffle apparaît comme une exaltation de vie, chaque mot comme un discours, chaque trace dans la neige comme un être humain.

Luca Moessner

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