LES SEPT DE CHICAGO, d’Aaron Sorkin – Le monde entier nous regarde

« The whole world is watching » (« Le monde entier regarde ») : cette phrase peut être utilisée pour représenter à elle seule la période des années 60 aux États-Unis. Une jeunesse rebelle la scandait tout en manifestant contre la guerre du Vietnam. Ce slogan résonnait comme le message d’une nouvelle époque, où les caméras étaient désormais omniprésentes, l’information diffusée à une vitesse folle et les violences policières désormais exposées aux yeux du monde. Cette jeunesse était bruyante, désobéissante, et qu’il le veuille ou non, le monde entier assisterait à cette révolution.

Les Sept de Chicago, écrit et réalisé par Aaron Sorkin, est disponible depuis le 30 septembre 2020 sur la plateforme de vidéo à la demande Netflix. Le film prend place entre 1968 et 1969 et suit le procès intenté par l’Etat américain contre les « Chicago Seven ». Ces sept jeunes activistes politiques étaient à la tête d’un mouvement contestataire antiguerre du Vietnam. Ils ont été arrêtés à la suite de manifestations particulièrement violentes à Chicago, durement réprimées par la police. Ils sont entre autres accusés de conspiration et d’incitation à la révolte et leur procès connaît une très forte médiatisation. Ils font face à un juge incompétent et fermé d’esprit, qui refuse de les voir comme autre chose que des délinquants et des fauteurs de troubles.

Au vu des thématiques traitées dans le long-métrage, la métaphore avec les récents scandales d’usage excessif de la force par des policiers est évidente. Les noms de George Floyd et de Tony Timpa ont fait le tour du monde en 2020, et Les Sept de Chicago fait comprendre que, sur certains aspects, la société américaine est restée désespérément au point mort. Il s’agit d’un récit éminemment politique, qui par l’utilisation d’images d’archives se mêlant à celles du film, tient à rappeler que les événements montrés à l’écran font bel et bien partie de l’histoire.

Si Aaron Sorkin n’est pas particulièrement connu pour sa carrière de réalisateur (il ne s’agit que de son second long-métrage), il s’est bien plus souvent illustré en tant que scénariste. Il a notamment rempli ce rôle sur The Social Network (David Fincher, 2010) et Steve Jobs (Danny Boyle, 2015). Les Sept de Chicago fait preuve de la même science du dialogue et de maîtrise des personnages que le scénariste avait démontrée dans ses autres projets. Les répliques fusent avec un rythme parfaitement géré. Même si le long-métrage est majoritairement composé de dialogues, bien souvent dans le seul décor du tribunal, il ne se montre pas ennuyeux une seconde. Le tout est porté par des acteurs magistraux dans leurs rôles, qui offrent des performances de haute voltige. Le récit parvient à démontrer l’importance de la pluralité des points de vue, faisant vivre les événements des émeutes de Chicago par plusieurs personnes, chacun avec sa vision des choses et son rapport unique avec les événements.

Cependant, cette grande qualité ne peut masquer une faiblesse du film. En effet, ces dialogues millimétrés donnent une impression de perfection et de netteté, un contraste perturbant par rapport au côté documentaire qui se dégage parfois du long-métrage. Cette perfection des dialogues peut rendre lisses des personnages qui semblent en permanence en parfaite maîtrise, alors que leur situation et l’incertitude du dénouement de leur procès auraient pu être mieux transmises, avec des hésitations et des imperfections, justement. Les images de reconstitution souffrent du même problème : elles paraissent trop propres et ordonnées. Tous les décors semblent neufs et les scènes de confrontation entre policiers et manifestants auraient pu largement gagner en puissance émotionnelle avec une imagerie moins lisse.

Les Sept de Chicago est un film qui marque avant tout par ses dialogues et ses personnages. Sa réalisation efficace, mais sans éclat, parvient à soutenir une écriture de grande qualité, qui permet de faire passer un message, aujourd’hui plus important que jamais.

Ludovic Solioz – 23 ans

Cet article a été publié dans TJC Neuchâtel. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

1 Response to LES SEPT DE CHICAGO, d’Aaron Sorkin – Le monde entier nous regarde

  1. Ping: Les sept de Chicago, Aaron Sorkin – Pamolico, critiques romans, cinéma, séries

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s