Festival de Locarno (17) – Un programme trop éducatif sur la Piazza Grande ?

Trois représentants de la TRIBUne des jeunes cinéphiles ont couvert le 69e Festival de Locarno comme de vrais journalistes. Le duo romand répond ici à une critique de la NZZ à propos des films proposés en soirée au public de la Piazza Grande.

Chatrian

La 69ème édition du Festival de Locarno achevée, revenons avec un peu de recul sur la programmation de la Piazza Grande, apparemment loin d’avoir fait l’unanimité.

C’est du moins ce que l’on peut croire en lisant le (long) commentaire signé Susanne Ostwald en page 15 de la NZZ du jeudi 4 août 2016 : Lektionen auf der Piazza Grande. À la tête de la direction artistique du festival depuis maintenant quatre ans, Carlo Chatrian (photo) est accusé de vouloir « éduquer » le grand public en choisissant de projeter sur la Piazza Grande des productions plus « difficiles ». À l’appui de cette accusation, l’auteur cite notamment comme exemple « un film originaire du Mozambique, concernant la guerre civile qui y fit rage », à savoir Comboio de Sal e Açucar de Licínio Azevedo (photo ci-dessous) ou encore le film Poesía sin fin d’Alejandro Jodorowsky.

Comboio

Le premier élément susceptible de provoquer l’incrédulité du lecteur est le fait que Comboio de Sal e Açucar fut projeté en première mondiale pas moins de 6 jours après la sortie de l’article et le film présenté à la presse la veille. Sur quoi se base donc Susanne Ostwald pour écrire que ce film n’est pas adapté au grand public ? Le simple fait qu’il traite d’un conflit dont Monsieur Tout-le-monde ignore l’existence peut-être ? C’est un peu léger, surtout que le film, a posteriori, lui donne tort, puisqu’il nécessite à peu près autant de prérequis historiques qu’Un nouvel espoir demande de connaissances en géopolitique galactique. Certes, il n’est pas question d’un blockbuster à la Jason Bourne, également au programme du festival. Mais il s’agit d’un film qui, bien que sensé être focalisé sur un groupe – le réalisateur dit avant la projection que le protagoniste est le train tout entier – ne peut s’empêcher de se concentrer sur un personnage en particulier afin de faciliter l’identification du public et de rajouter, entre autres éléments inutiles au propos, une déchirante histoire d’amour qui tombe par ailleurs comme un cheveu sur la soupe.

Cette méprise de Susanne Ostwald quant au caractère prétendument « auteuriste » de Comboio de Sal e Açucar montre une fois de plus qu’il n’est pas possible de critiquer un film avant de l’avoir vu.

Parmi les innombrables paramètres qui entrent en ligne de compte dans la réalisation d’un film, aucun ne peut-être considéré comme garant de quoi que ce soit une fois l’œuvre achevée. L’histoire du cinéma nous montre que même un réalisateur couronné de lauriers ne peut pas garantir un succès public. Un exemple célèbre est celui de William Friedkin : sa double réussite avec The French Connection et The Exorcist a été suivie du désastre au box-office de Sorcerer.

D’où l’absurdité de la réflexion de Susanne Ostwald, qui déduit le caractère grand public ou non d’un film en se basant simplement sur son postulat de base et son origine.

Cette imprévisibilité semble d’ailleurs inhérente au cinéma. C’est un art et par conséquent il reste humain et si complexe qu’aucun esprit ne peut prédire à quoi ressemblera un film.

vincentRevenons à Poesía sin fin. Cette œuvre n’est effectivement pas destinée au grand public mais l’auteure de l’article omet de préciser qu’elle fut projetée à minuit, après le film Vincent de Christophe Van Rompaey (photo ci-contre). Or, s’il y eut bien un film accessible à tout le monde, ce fut ce Vincent avec Alexandra Lamy. Par souci de clarté, il ne laisse en effet aucune place à l’implicite. Typiquement, deux personnages discutent : l’un veut convaincre l’autre de l’emmener à Paris, ce qu’il finit par accepter. Quelques plans plus tard, les deux personnages sont dans une voiture filmée en passant à côté d’un panneau « Bienvenue en France ». S’en suit peu après un plan panoramique de Paris avec la Tour Eiffel au centre. À l’intention de ceux qui auraient encore des doutes quant à l’emplacement de l’action, une blague désopilante concernant les touristes qui pensent que la Tour Eiffel est visible de chaque fenêtre de Paris ne se fait pas attendre…

Quel aurait donc dû être le choix de Carlo Chatrian ? Ne projeter que Vincent ? Le présenter en premier, afin que le grand public puisse s’en aller ensuite s’il n’était pas intéressé par Poesía sin fin ne suffisait-il pas ? Aurait-il fallu qu’il ait l’exclusivité de la soirée ou qu’un autre film du même type soit projeté ensuite ?

Susanne Ostwald s’inquiète que la popularité du festival diminue à cause des films soi-disant inadaptés à un large public. Le mieux reste peut-être alors de lui demander directement ce qu’il en pense : quel film a donc remporté le prix du public ? Jason Bourne ? Vincent ? Non, I, Daniel Blake de Ken Loach, pas tout à fait un blockbuster

Il serait donc peut-être temps que l’élite journalistique zurichoise cesse de prendre le grand public – et en particulier la jeunesse qui, par ailleurs, a droit à tout un paragraphe rien qu’à elle dans cet article – pour un unique groupe de décérébrés avides de viande hollywoodienne et de montages charcutés.

Marco Labagnara et Luca Moessner, 18 ans, Gymnase de Morges

 

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Festival de Locarno (16) – Un artiste avec un grand A

Jodorowsky_Alejandro

En plus de décerner des trophées aux œuvres primées dans les différentes compétitions, le Festival du film de Locarno remet également des prix honorifiques, comme le Pardo d’onore octroyé à Alejandro Jodorowsky, réalisateur notamment d’El Topo, de La Montagne sacrée ou encore de Santa Sangre.

En cet honneur, son film Poesía sin fin, sorti cette année, fut projeté en séance de minuit (son créneau de prédilection depuis qu’El Topo lança la mode des midnight movies) sur la Piazza Grande. Cette œuvre faisant suite à La danza de la realidad (2013) se trouve être le deuxième volet d’un triptyque autobiographique, dont la troisième partie est actuellement en cours de financement. Retraçant ses jeunes années dans l’effervescente capitale chilienne, le film met en scène le fils d’Alejandro, Adan Jodorowsky, incarnant le rôle de son père à l’âge de la vingtaine. Années cruciales pour le réalisateur (poète-scénariste de bandes dessinées-romancier-mime-essayiste-acteur) puisqu’il prend alors la décision de devenir poète contre la volonté de son père, interprété par Brontis Jodorowsky.

« J’ai toujours été qui je suis et jamais qui les autres n’ont voulu que je sois », a dit Alejandro Jodorowsky lors de la discussion publique qu’il donna à Locarno le jour où il reçut son prix ; et ce qui ressort de Poesía sin fin, est qu’au-delà de sa propre personne, l’artiste applique également ce principe à son œuvre. En effet, son dernier film, dégage une rare sincérité et ne laisse jamais au spectateur le doute si un élément ou une idée proviendrait ou aurait été altéré par un autre esprit que celui de Jodorowsky. Une liberté permise grâce à un financement participatif, lui laissant carte blanche. À vrai dire, l’artiste donne l’impression – renforcée par le fait qu’il s’agisse d’une œuvre autobiographique – d’avoir réalisé un film si personnel, qu’il ne semble pas refléter une part de sa personne, mais véritablement l’intégralité de lui-même. Ce film est Jodorowsky. Forcément poétique. L’adage datant du procès de Howl dit que « La poésie ne peut pas être traduite en prose ; c’est pourquoi il s’agit de poésie ». Jodorowsky nous prouve remarquablement avec Poesía sin fin qu’à défaut de pouvoir la traduire en prose, il est possible de la traduire en « langage cinématographique ».

Jodorowsky est parvenu à réaliser ce tour de force notamment en confrontant la disgrâce à la beauté, ce qui a pour effet de sublimer cette dernière. Typiquement, la mère d’Alejandro est le seul personnage qui ne s’exprime qu’en chantant. Dans une comédie musicale par exemple, le spectateur n’aurait pas porté d’attention à cet élément, puisqu’il aurait été noyé dans la masse et considéré comme normal. Or, dans le contexte de Poesía sin fin, cette caractéristique prend toute son ampleur et le fait que ce personnage chante est d’autant plus beau qu’il est le seul à la faire. Ainsi, c’est en le mettant particulièrement en valeur aux yeux du spectateur que Jodorowsky parvient à transcender le beau.

En plus de la sincérité et de la beauté, l’artiste intègre également la notion de bonté à son œuvre. Le film est généreux, tout comme ses personnages, même le père d’Alejandro, qui lui refuse le métier de poète et qui n’exprime aucun amour envers son fils ; il est finalement montré avec beaucoup de tendresse comme magnanime. « En ne me donnant rien, tu m’as tout offert » lui dit Alejandro, soutenant que c’est en étant privé d’amour qu’il en acquit toute l’importance et la nécessité d’en donner.

Jodorowsky réunit dans son film les trois éléments qui forment sa propre définition de la poésie : la vérité, la bonté et la beauté ; et les trois grâces sont associées avec une telle conviction que le spectateur ne peut résister au charme de leur fusion et se laisse emporter dans ce rêve signé de la main de cet Artiste, avec un grand A.

La discussion publique d’Alejandro Jodorowsky, évoquée plus haut, réserva quelques surprises. Le réalisateur commença par parler des difficultés à réaliser un film, notamment par rapport au financement et à sa propre éthique : « Je fais toujours un film pour l’art, jamais pour le commerce ». L’homme soutient que la tâche est tellement ardue que des miracles sont nécessaires afin qu’un film voie correctement le jour. « Pour mon dernier film par exemple, il y a eu deux miracles. Le premier concernait une scène qu’il fallait tourner sur un ponton et il y en avait deux. Un tout droit qui allait loin vers l’océan, mais qui ne me plaisait pas, et un autre plus petit, qui ressemblait à la scène d’un théâtre et que j’aimais beaucoup. Seulement, le problème avec le plus petit était qu’il y avait du matériel de pêche qui y était entreposé et il n’y avait pas la place pour installer correctement les caméras. Alors le soir je me suis couché et je me suis dit, mince je vais devoir tourner à un endroit qui ne me plaît pas. Toute la nuit un orage a fait rage sur la côte et le matin, en allant sur place, nous avons découvert que la tempête avait été si forte que les vagues et le vent avaient emporté tout le matériel des pêcheurs et nous avons finalement pu tourner là où je le voulais ! Le deuxième miracle était une dame dans les 70 ans qui devait jouer la grand-mère et qui n’avait pas appris son texte, on a perdu une journée entière à cause d’elle, une journée, vous vous rendez compte ? Ça fait 50’000 dollars de perdus ! Elle m’a fait perdre 50’000 dollars, alors je lui ai dit que c’était une honte ce qu’elle avait fait et que le lendemain j’allais écrire toutes ses répliques sur de grosses pancartes. Le lendemain nous voulions commencer à tourner, mais elle s’était enfermée dans une chambre. J’étais furieux. J’ai demandé qu’on aille la chercher, mais elle n’ouvrait pas, alors j’ai ordonné qu’on défonce la porte et là on l’a découverte raide morte ! Finalement c’est la tante qui a joué son rôle et c’était très bien. Un merveilleux, non un terrible, un terrible miracle ! »

Au final, excepté ces quelques anecdotes, Jodorowsky parla peu du film, mais s’attarda plutôt sur des questions existentielles, sur le fait de trouver un but à sa vie, sur la folie et la foi. Au beau milieu de la discussion, un jeune homme, apparemment particulièrement inspiré par le discours de l’artiste, demanda la main de sa bien-aimée. Après de chaleureux applaudissements de la part du public et de Jodorowsky, celui-ci leur dit : « Mettez-vous face à face et unissez vos pieds pour qu’où que vous alliez, vous alliez ensemble, pour que vos chemins soient un seul chemin. Joignez vos pubis, réunissez vos sexes, ne négligez jamais le plaisir dans une relation. Écoutez les battements de vos cœurs, le centre des émotions. Liez vos cerveaux, mais ne laissez jamais les idées vous séparer. Maintenant tenez vous bien droits et dirigez votre amour vers le centre du cosmos, partagez-le, l’univers en a besoin. »

La vague d’amour ne s’arrêta pas là. Peu après, une femme se leva et dit que tout ceci la rendait vraiment heureuse et demanda à Jodorowsky s’il était d’accord de l’embrasser. À peine eut elle le temps de le rejoindre, qu’un photographe demanda également s’il pouvait venir le prendre dans ses bras, en fin de compte ils se retrouvèrent à quatre en train de s’étreindre devant le public.

Luca Moessner, 18 ans, Gymnase de Morges

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Festival de Locarno (15) – Moi, Daniel Blake, de Ken Loach

Moi_Daniel_Blake

Ken Loach, fidèle à lui-même, continue à lutter contre les ravages de la politique publique dans ce film poigant : I, Daniel Blake qui, après avoir gagné la Palme d’or à Cannes, gagne le Prix du public du Festival de Locarno. Ce film engagé, dépeint la triste réalité à laquelle doivent faire face de nombreux Anglais qui, après un problème de santé ou à cause d’un handicap, doivent retrouver du travail.

Daniel Blake est un menuisier d’une soixantaine d’années. A la suite de problèmes cardiaques, il se voit contraint par son médecin d’arrêter de travailler. Il demande alors l’aide de l’Etat qui, entendant sa requête, le force tout de même à rechercher un emploi. Un jour, au centre de recherche d’emploi, Daniel fait la rencontre de Katie, une mère célibataire, qui à ce moment-là se fait virer du centre. Daniel vient à son aide et, grâce à cela, il se lie rapidement d’amitié avec elle et ses deux bambins. Katie vit seule avec ses deux enfants loin de sa ville natale qu’elle a dû quitter, non sans mal, pour échapper à un centre d’hébergement pour sans-abris. C’est ensemble que Katie et Daniel décident de lutter contre les tracasseries de l’Etat, s’entraidant l’un l’autre.

Ken Loach reste comme à son habitude dans une réalisation simple, sans fioritures, se voulant authentique. Mais alors qu’a I, Daniel Blake de plus que ses autres films ? Pourquoi a-t-il aussi bien fonctionné ? N’ayant vu que Sweet Sixteen comme autre film de Ken Loach, la comparaison se fera avec ce film. Sweet Sixteen décrit la vie d’un jeune homme, qui pour offrir une belle vie à sa mère en prison, deale de la drogue.

Le succès populaire de I, Daniel Blake réside dans les personnages. Premièrement, ils sont foncièrement bons, contrairement à Sweet Sixteen, où la mère toxicomane est en prison et l’enfant vend des cigarettes, pour ensuite aller jusqu’à dealer de la drogue. Daniel Blake a eu un accident qui aurait pu arriver à n’importe qui. Avec des personnages « angéliques » Ken Loach a donc conquis le public de la Piazza Grande. Les protagonistes des deux films se battent contre leurs malheurs : mais si dans Sweet Sixteen, le personnage principal pour se tirer d’affaires passe des cigarettes à la cocaïne, Daniel Blake, lui, décide d’aider une autre personne, elle aussi dans un cas similaire au sien. Finalement, que ça soit dans I, Daniel Blake ou Sweet Sixteen la force de Ken Loach est de réussir à rendre le spectateur compatissant envers les personnages.

I, Daniel Blake est un film émouvant, dans la lignée des chefs-d’œuvre de Ken Loach, mettant en évidence un problème sociétal. A la fois simple, et touchant, parfois drôle I, Daniel Blake a su faire craquer le public de la Piazza Grande et continuera sûrement à en faire craquer de nombreux autres.

Marco Labagnara, 18 ans, Gymnase de Morges

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Festival de Locarno (14) – Considerazioni finali sul Concorso Cineasti del Presente e il suo finale non a sorpresa

Trois représentants de la TRIBUne des jeunes cinéphiles ont couvert le 69e Festival de Locarno comme des journalistes. La Tessinoise Laura Monte, étudiante à l’EPFL, dresse ici le bilan de la section “Cinéastes du présent”.

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Il nome “Cineasti del presente”, scelto per designare il concorso dedito a presentare film di giovani artisti per lo più alle prese con la loro opera prima, è emblematico per svariati motivi. Oltre alla giovane età dei sui partecipanti, il concorso propone quasi unicamente film che hanno lo scopo di mostrare diverse realtà odierne.

Film come Akhdar yabes, Pescatori di corpi, Viejo calavera e The Challenge sono vere e proprie finestre che, in modo onesto e realistico, rappresentano realtà locali e contemporanee.

Mañana a esta hora ha mostrato, senza filtri, la realtà di una famiglia obbligata a passare attraverso un irreversibile cambiamento, universalizzando il sentimento di monotonia ma, allo stesso tempo, di stabilità che può donare un nucleo familiare.

Destruction Babies, vincitore per la migliore regia, e El futuro perfecto hanno anche essi mostrato una realtà moderna, enfatizzando però l’aspetto che ritenevano più significativo: nel primo caso, la violenza e l’incomunicabilità in un mondo dominato dai mezzi di comunicazione ; nel secondo caso, la difficoltà di convivere con lingue e culture diverse, che sfociano nei famosi sentimenti “lost in translation”.

In concorso sono stati inoltre presentati film più sperimentali, come Gorge Coeur Ventre e I had nowhere to go, che focalizzavano la loro dialettica sulle sensazioni piuttosto che sui sentimenti : il primo rappresentando la situazione all’interno di un mattatoio, il secondo cercando, attraverso la storia di un profugo della Seconda Guerra Mondiale, di ricostruire il sentimento di alienazione dovuto all’immigrazione forzata tanto nota ai giorni nostri.

Film come L’indomptée, Afterlov, il Nido, Donald Cried hanno invece costituito la parte più commerciale del concorso, sfoggiando una trama e una narrazione più classica.

Istirahtlah kata-kata è stato l’unico film a proporre la storia un personaggio storico, Wiji Thukul, poeta e attivista sotto il regime di Suharto in Indonesia.

L’ultimo film, nonché vincitore del pardo d’oro, è El auge del humano (foto), che racconta la storia di alcuni giovani uomini in tre nazioni differenti – Argentina, Mozambico e Filippine –  mantenendo sempre la stessa prospettiva e focalizzando la narrazione su sessualità, tecnologia e lavoro.

La giuria ha deciso di premiare, come spesso accade, quella che fra tutte le opere in gara si è dimostrata la più criptica e la meno accessibile : El auge del humano. Non dubito ci siano ottime giustificazioni, ma troppo spesso le giurie ufficiali non tengono in considerazione l’aspetto comunicativo di un film. La capacità di universalizzare e trasmettere una sensazione o un sentimento dovrebbe essere maggiormente riconosciuta, non solo perché elemento fondamentale di qualsiasi forma d’arte, ma anche perché fungerebbe da comodo mezzo per avvicinare più persone a un certo tipo di cinema. Dall’altro canto la decisione di premiare come miglior regista emergente Mariko Tetsuya per il film Destruction Babies, film violento e diretto, compensa in parte la scelta fatta per il pardo d’oro.

La giuria dei giovani ha invece premiato Afterlov dimostrando una tendenza diametralmente opposta a quella della giuria ufficiale. Il film è infatti indubbiamente comunicativo e accessibile, grazie alla sua comicità e ritmicità, ma privo di una dialettica costruttiva, smascherando così trovate esclusivamente comiche e fini a se stesse.

È quindi logico dedurre che da un’unione fra le due giurie risulterebbero scelte praticamente incontestabili.

In conclusione, la volontà del concorso Cineasti del presente sembra essere, almeno in parte, quella di proporre uno sguardo diversificato e personale sulle società contemporanee di tutto il mondo, attraverso giovani registi che mostrano la quotidianità a loro vicina. È rassicurante notare che in ambito artistico ci sia spazio per un multiculturalismo privo di pregiudizi: il Festival di Locarno si è rivelato un bell’esempio.

È, invece, vagamente meno rassicurante considerare come la maggior parte dei giovani registi abbiano portato uno sguardo timidamente pessimista, critico nei confronti della società odierna e di se stessi, in quanto incentrato sulla propria generazione. Attitudine quest’ultima che non biasimerei affatto se non fosse che ho vent’anni e che l’autocritica sembra essere pratica comune della mia generazione.

Laura Monte, 20 anni, Epfl

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Festival de Locarno (13) – Dao Khanong (By The time it gets dark) – Non c’è niente da capire

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Una giovane regista vuole girare un film su una attivista e scrittrice degli anni Settanta. Quindi la invita in una casa di campagna dove la intervista e raccoglie i suoi racconti. Alla narrazione dell’attivista si intercalano alcuni momenti della sua vita, scene della sua gioventù.

Le due donne passano del tempo insieme, fanno conoscenza.

La regista, passeggiando nel bosco, vede un bambino vestito da leone. Lo insegue. Inciampa e scorge un fungo luccicante. Da questo momento la narrazione diventa più complicata da seguire. La giovane donna pronuncia un monologo sulla telecinesi davanti alla telecamera. Poi appare un altro personaggio, Peter, un giovane uomo che vive in città. Si intuisce sia una persona famosa. Seguiamo alcuni momenti della sua vita. L’immagine si blocca su un fotogramma. La telecamera si allarga mostrando una sala buia con un grande schermo: alcune persone stanno montando un film.

All’interno di questa sala una donna riceve una telefonata: Peter è morto in un incidente d’auto. Egli è un attore. È difficile, forse impossibile, distinguere chiaramente quali momenti della sua vita siano parte di un film e quali no. Peter viaggia in autostrada, un cartello indica Dao Khanong, un tempio buddista nei pressi di Bangkok.

Una delle scene iniziali viene ripetuta, ma con attori diversi: una giovane regista e una attivista si ritrovano in una casa in campagna per scrivere un film sulla vita di quest’ultima. I dialoghi sono più precisi, le stanze sono ben arredate: è la scena iniziale del film sulla vita dell’attivista. Un giovane monaco guarda la televisione, si trova in campagna. Una ragazza, ripresa di spalle, cammina in una città affollata, entra in una discoteca e inizia a ballare. La musica e le luci stroboscopiche confondono la scena. Un’interferenza disturba progressivamente l’immagine, fino a farla sparire del tutto, portandosi via luci e musica. Sullo schermo appare l’inquadratura di un prato, il cielo è rosa, ma lentamente diventa blu: un normale prato di campagna.

Dao Khanong, film della regista tailandese Anocha Suwichakornpong, è un continuo illudere lo spettatore: ogni scena è la promessa di una spiegazione imminente e, allo stesso tempo, l’affievolirsi della comprensione ottenuta fino a quel momento.

Il film inizia con una trama e dei personaggi definiti che man mano si sgretolano. Lo spettatore è così obbligato a dedicarsi attivamente alla ricerca di un senso, sia attraverso elementi ricorrenti, come oggetti che si ritrovano in più scene, sia attraverso una ragazza, personaggio di sfondo, che si vede più volte svolgere diversi lavori. Dettagli e simboli a cui ci si aggrappa nell’attesa di trovare la strada delineata, ipotizzando scenari possibili, alla ricerca del messaggio ultimo. Con l’avanzare del film questo, però, non avviene e, seppur da un lato si acquisisca una maggior consapevolezza dei personaggi, chi sono e cosa fanno, dall’altro il motivo delle loro azioni non trova mai spiegazione, così come il significato definitivo del film.

Sul finale, momento in cui la brama di chiarezza è al suo apice, l’immagine subisce un’interferenza: il segnale progressivamente sparisce e lo schermo diventa nero. In quel momento, nell’attesa di una scena chiarificatrice, appare l’immagine di un prato.

E capisci che puoi alzarti dalla sedia, uscire dalla sala ed essere felicemente all’oscuro, e va benissimo così. Una lucida rinuncia alla ragione. Un congedarsi dall’assidua ricerca del significato che forse significa già qualcosa di per sé. O forse no. Ma non importa.

Dao Khanong è un film bellissimo e molto probabilmente non ne ho capito il motivo.

Laura Monte, 20 anni, Epfl

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Festival de Locarno (12) – Gorge Coeur Ventre – Il mondo e il mattatoio

Trois représentants de la TRIBUne des Jeunes Cinéphiles ont couvert le Festival de Locarno. Cette contribution d’une étudiante tessinoise s’attarde sur un film qui a fait forte impression dans la section “Cinéastes du présent”.

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Gorge Coeur Ventre, opera della regista francese Maud Alpi, è la storia di un ragazzo che lavora in un mattatoio, di notte, e del suo cane Bobo, per il quale egli prova un amore illimitato.

Sono quindi due prospettive quelle proposte allo spettatore: da un lato il ragazzo, colui che ha il compito di accompagnare gli animali al macello, dall’altro il cane, occhio innocente che scopre un mondo a lui sconosciuto.

Momenti della vita diurna del protagonista, un pranzo, una discussione con l’amante, una giornata al fiume, vengono affiancati alle scene notturne nel mattatoio. Il film intercala queste due realtà, fino a quando, sul finale, il ragazzo e un suo collega decidono di uccidere e bruciare una mucca in travaglio, evitando così che il vitello venga ucciso ancor prima che la madre possa vederlo.

Il film è costruito su una profonda divisione, enfatizzando l’esistenza di due realtà distanti ma allo stesso tempo inseparabili. Da un lato il mattatoio, un mondo notturno, senza dialoghi, dove l’attenzione si focalizza sugli animali, in cui gli spazi sono ristretti, le riprese ravvicinate e una luce artificiale illumina la scena. Spesso sono solo frammenti quelli che vengono mostrati: un occhio, un muscolo, una schiena, uno sguardo.

Il punto di vista è pero privo di giudizio: viene mostrato il cammino degli animali verso il macello o il momento di riposo e di attesa, ma mai la mattanza o la macellazione. L’assenza di giudizio priva lo spettatore della rabbia e dell’odio, accompagnandolo verso sentimenti diversi: l’oppressione, la tristezza, l’ineluttabilità. Lontano da tutto questo si svolge la vita diurna del protagonista, dove gli spazi sono sconfinati e la luce del sole irradia le persone. Queste due realtà non si toccano mai, i cambi di scena sono chiari e accentuati dai suoni: nel mattatoio il suono degli animali e delle macchine diventa sottofondo incessante, mentre durante il giorno suoni tranquilli e conviviali, come il cinguettio degli uccelli o il vociare dei bambini, incorniciano la vita dei protagonisti.

Nel finale questo confine si fa più flebile, il lavoro del protagonista irrompe nella sua quotidianità. La consapevolezza della realtà notturna diventa insostenibile, fino a portare il protagonista al gesto estremo di bruciare una mucca in travaglio. Evento che si lascia interpretare: un gesto di ribellione verso il mattatoio, magari col fine ultimo di bruciarlo, oppure un sacrificio, con l’intenzione più intima e personale di una redenzione?

Ultimo elemento fondamentale è il cane Bobo, coprotagonista, migliore amico e unico personaggio con un nome. Egli è sia emblema dell’ipocrisia, sia definitivo punto di incontro. Ipocrisia che si manifesta nell’amore incondizionato del protagonista nei sui confronti che si contrappone all’incuranza con cui animali senza nome vengono condotti alla morte.

Bobo è l’unico personaggio che si vede, alla fine del film, uscire dal mattatoio e passare dalla notte al giorno. Se nella prima scena, egli aveva preso per mano lo spettatore, accompagnandolo alla scoperta di questo mondo, nell’ultima sequenza lo conduce all’esterno e lo congeda.

Gorge, Coeur, Ventre è un film che vuole mostrare, ma non denunciare. Sottolineare le distanze che prendiamo da ciò che può rilevarsi intollerabile. Nella rassicurante convinzione che tutto ciò avviene in un mondo parallelo, che mai si incrocerà con il nostro: la notte e il giorno, il trambusto e la quiete, la luce artificiale e quella del sole.

Perché, come ha detto la regista nel tentativo di chiarificare il messaggio del film, ma anche di dar voce a un sentimento diffuso: “la violenza necessaria per condurre la vita che conduciamo avviene di notte”.

Laura Monte, 20 anni, Epfl

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Festival de Locarno (11) – Inimi cicatrizate – Le malattie che non vogliamo mostrare

Trois représentants de la TRIBUne des Jeunes Cinéphiles ont couvert le 69e Festival de Locarno. Une étudiante tessinoise analyse ici le film roumain qui a remporté le Prix spécial du jury de la compétition internationale.

Inimi_Cicatrizate

Inimi cicatrizate, opera del regista rumeno Radu Jude, significa “cuori cicatrizzati”. Le cicatrici possono essere il ricordo di un dolore lontano oppure il presagio di una fatalità imminente, segni lasciati da ferite guarite solo in superficie. A volte non si è in grado di riconoscere a quale dei due tipi una cicatrice corrisponda, ma nel dubbio è meglio vivere con spensieratezza, piuttosto che vivere nel terrore.

Durante la seconda metà degli anni Trenta, Emanuel, un giovane intellettuale rumeno affetto da tubercolosi ossea, decide di internarsi in un sanatorio nei pressi del Mar Nero. Al giovane viene presto applicata un’ingessatura che gli avvolge l’intero busto, così da evitare lesioni alla colonna vertebrale, la quale si va pian piano indebolendo. Questa nuova condizione lo costringe a passare il suo tempo disteso su una lettiga.

Il sanatorio è per tutti i suoi residenti un’incognita: per alcuni anticamera della morte, ultima e definitiva stazione, per altri invece una sosta più o meno breve, in attesa di reintrodursi nella vita di tutti i giorni. È chiaro però a tutti i malati che la sorte è imprevedibile: anche coloro che sembrano quasi guariti potrebbero, di colpo, morire. A Emanuel stesso viene annunciata la possibilità di una guarigione imminente e pochi giorni dopo subisce invece un deterioramento delle proprie condizioni. I residenti si rifiutano, però, di vivere all’ombra del dramma. Affrontano la vita con vivacità, fanno feste, si ubriacano, si innamorano, litigano, fanno progetti per il futuro, deridono i politici e le dittature che si stanno instaurando nel mondo esterno. Se non fosse per ingessature, lettighe e stampelle ci si potrebbe rapidamente dimenticare della malattia da cui essi sono affetti.

A volte i pazienti devono subire dolorose operazioni senza alcun anestetico, ma poi la ferita si rimargina, si cicatrizza e diventa tessuto insensibile.

Ambientato in un periodo in cui il mondo è spettatore dell’ascesa delle spietate dittature europee, complice del fascismo e del nazismo e vittima del suo lento deteriorarsi, il regista decide di estraniare il film da tutto ciò, di allontanarlo da una civiltà che sta rovinosamente precipitando verso la seconda guerra mondiale e di mostrare invece una realtà lontana, un sanatorio. Un luogo abitato da persone che sono emblematicamente vittime del declino del proprio corpo, ma che decidono di estraniarsi da esso e di vivere nel modo più normale e spensierato possibile.

Un film che si rifiuta di mostrare il decadimento sia della società del suo tempo – i mobili, i macchinari medici, le stanze, i vestiti sono in condizioni perfette – sia del corpo del protagonista e dei suoi compagni. La malattia diventa quasi un sottofondo e la degenerazione del corpo passa in secondo piano. Malgrado ciò gli effetti della malattia sono innegabili: la degenerazione della società sfocia nella Seconda Guerra Mondiale, così come il tempestivo peggioramento delle condizioni del giovane Emanuel, mostrate superficialmente alla fine del film, lo porta alla sua prematura morte.

Laura Monte, 20 anni, Epfl

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