SULLY, de Clint Eastwood – Le poids que portent les héros

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Dans le cinéma américain, la plupart des personnages principaux sont considérés comme des héros. On nous montre leurs bons côtés, on admire leurs actes incroyables, ébahis par leur capacité à franchir des obstacles qui paraissent insurmontables. Mais on ne nous montre que très peu tout ce qu’ils ressentent, à tel point qu’on oublie qu’ils sont aussi des êtres humains.

Dans le nouveau film de Clint Eastwood, une scène représente bien cette problématique : Sully entre dans un bar, commande une boisson, le barman le reconnaît et se met à le féliciter lorsque deux hommes déjà ivres le voient et commencent à l’acclamer. Le barman lui annonce qu’il a même donné son nom à un cocktail composé de « white grouse » et d’eau. On peut ainsi voir que tout le monde considère le pilote comme un héros et est « fier » que Sully fasse partie de leur nation. Mais nous remarquons très vite que le principal intéressé ne se voit pas de la même manière et qu’il ne veut pas de toute cette reconnaissance, la trouvant presque oppressante.

Cette réflexion s’inscrit dans la lignée de ce que Clint Eastwood nous a proposé dans son avant dernier film, American Sniper, où l’on voit toute la reconnaissance que reçoit le héros malgré les actes barbares qu’il a commis. Cela nous prouve que le peuple américain a besoin de héros pour se rassurer et se sentir en position de force. Les bonnes recettes du film au box office démontrent aussi que Clint Eastwood a compris ce besoin d’héroïsme qu’éprouvent une grande partie des spectateurs. Durant la scène du bar déjà évoquée, on voit donc ces deux personnes ivres faisant partie de la classe moyenne et idolâtrant un homme qui n’a fait que son travail. Pas sûr que le réalisateur encourage cette construction idiote de héros nationaux, quand bien même la critique de Télérama reprochait à American Sniper de nous dire que « Chris Kyle est un p… de héros au service d’un p… de grand pays… ». Et si le message de deux derniers films d’Eastwood était totalement différent ?

Igor Viana Rodrigues Costa, Gymnase français de Bienne, 16 ans

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SULLY, de Clint Eastwood – Banalité révélatrice

sullhanks« Quarante ans dans l’air et à la fin je serai jugé sur deux-cents-huit secondes ». Voici la réponse que donne Sully lorsqu’il est accusé d’audace excessive, au péril de beaucoup de vies humaines et d’un avion d’US Airways.

Le dernier long-métrage du républicain Clint Eastwood met en scène Chesley Sullenberger et son copilote Jeff Skiles après leur amerrissage miraculeux sur l’Hudson à New York. Malgré l’absence de mort, Sully et son assistant sont néanmoins poursuivis par la NTSB (National Transportation Safety Board) car, selon ses membres, les deux pilotes auraient pu effectuer l’atterrissage d’urgence au moins sur l’un des aéroports aux alentours du fleuve.

En dépit des préjugés que beaucoup de spectateurs peuvent avoir contre les choix politiques d’Eastwood (ceci surtout après les résultats de la dernière élection américaine), le réalisateur montre encore une fois (comme dans son film Gran Torino) son intérêt pour l’être humain en tant qu’individu. En effet, il est possible de repérer plusieurs fois dans ce drame une attention spéciale à chacune des vies présentes dans le Vol 1549 d’US Airways. Contrairement aux habitudes des « blockbusters catastrophiques » qui semblent mettre l’accent sur l’amplitude des dégâts, Sully laisse la place pendant une grande partie de son film à l’accointance des passagers. Certains dialogues pourraient même être considérés inutiles si nous ne prenons pas en compte cet aspect humain. Cependant, un échange dans la papeterie de l’aéroport entre une mère et sa fille prend toute une autre ampleur lors du crash. Dans le même ordre d’idées, Clint Eastwood tient à montrer la conversation entre les deux hôtesses avant le décollage.

Ces banalités ne sont finalement pas ce qui nous marque le plus dans notre vie mais lorsque le réalisateur les met en avant dans Sully, nous pouvons nous apercevoir qu’elles font l’essentiel de notre quotidien.

Pendant ces 208 secondes évoquées par le capitaine, toutes ces vies et tous leurs plans pour la suite risquent de tomber dans le néant à cause de l’impératif technocrate et matérialiste qui voudrait que l’appareil aurait également dû être sauvé. Mais pour ce faire, il aurait fallu être aussi réactif qu’une machine…

Salma Romero, Gymnase français de Bienne, 17 ans
Salma Romero

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SULLY, de Clint Eastwood – Un amerrissage sans catastrophe

sully2A bord d’un vol à destination de Charlotte/Douglas, en Caroline du Nord, le pilote perd le contrôle de l’avion après avoir percuté des oiseaux. Deux choix se présentent à lui : soit il retourne à Laguardia, d’où il a décollé, et il risque de crasher l’appareil avant l’arrivée, soit il décide d’amerrir. Dans tous les cas, la vie des 155 passagers est en jeu et il n’a que quelques secondes pour se décider.

J’ai été très touchée de voir à quel point des questions de vie ou de mort pouvaient se jouer en une fraction de secondes et pouvaient dépendre d’une seule personne. Le jeu de Tom Hanks est tout à fait admirable dans ce rôle d’un pilote très sûr de lui, qui sait ce qui est mieux pour tous. Son personnage est d’ailleurs fait de nuances : il se montre parfois froid et ne montre pas ses sentiments à son épouse. Je peux y voir un choix du réalisateur pour montrer que seul son métier compte dans la vie du personnage, pilote depuis plus de 40 ans. Dans tous les cas, le film est très émotionnel, les acteurs dans les rôles des passagers du vol font parfaitement ressentir la peur grâce à des expressions explicites. Je trouve d’ailleurs dommage que le film soit basé uniquement sur l’héroïsme des pilotes et pas plus sur le ressenti de quelques passagers. Mais malgré cela, le réalisateur a su faire ressortir un côté humain à ce film ce qui l’a rendu touchant.

De manière habile, Clint Eastwood parvient à exploiter un évènement si bref pour en faire un film de plus de 90 minutes, qui ne raconte finalement qu’un amerrissage sans catastrophe.

Stéphanie Petoun, Gymnase français de Bienne, 16 ans

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SULLY, de Clint Eastwood – Ressentir le choc post-traumatique

sullySuivant sa réputation de réalisateur humaniste, Clint Eastwood a décidé de se pencher sur le héros de l’accident aérien du 15 janvier 2009, Chesley Sullenberger. Ce pilote de US Airways avait choisi d’amerrir sur l’Hudson à New York après avoir perdu le contrôle de ses deux réacteurs. Même si l’opération s’est déroulée avec succès, la décision de Sully est remise en cause par une commission d’enquête.

Sully se concentre non pas sur la vie du personnage mais plutôt sur les différentes réactions nées du sauvetage. L’approche des médias, tout comme celle du public y sont brièvement exploitées. Cependant, l’essentiel du film est axé selon la perspective de Sullenberger, certaines scènes révélant même ses visions ainsi que ses cauchemars suite au choc post-traumatique. De cette manière, on assiste avec stupeur aux différents scénarios auxquels le vol 1549 a échappé.

Autre aspect important du film : sa structure narrative non linéaire. Le récit est entrecoupé par des scènes de flashbacks plus ou moins longues, montrant le passé de Sully ou alors revenant sur l’amerrissage de l’avion. C’est à l’aide de ce point de vue ainsi qu’à sa construction narrative, que le film réussit à nous plonger dans un état de doute proche de celui de Sully. Assez rapidement, l’incertitude s’installe quant à la décision risquée du pilote. Bien que celui-ci reste persuadé qu’il n’avait d’autres choix que d’amerrir sur l’Hudson, la pression exercée par les médias et par les enquêteurs pousse Sully à se remettre en question.

C’est donc avec intelligence qu’Eastwood réussit à nous mettre dans la peau de son personnage et qu’ainsi il crée une tension dérangeante tout au long du film. Ajouté à cela la prestation impressionnante de Tom Hanks, qui confère à Sully beaucoup d’émotion. Néanmoins le choix des flashbacks s’avère tout de même un brin répétitif lorsque l’on assiste une troisième fois à la scène de l’amerrissage.

Le 35ème film de Clint Eastwood fait donc hommage à cet évènement hors du commun tout en montrant les difficultés que Chesley Sullenberger a dû affronter après son exploit.

Delphine Rieben, Gymnase français de Bienne, 20 ans
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SULLY, de Clint Eastwood – Une histoire qui ne méritait pas un film

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Nouveau film du réalisateur états-uniens Clint Eastwood, Sully retrace le court moment de la vie du pilote Chesley Sullenberger, lorsqu’il posa miraculeusement un avion sur le fleuve Hudson en 2009.

Dès l’ouverture, le son annonce la couleur. Directement, le spectateur est immergé dans l’action avec une scène d’un crash d’avion dans les bâtiments de New York. Il s’avérera que ce n’était qu’un rêve de Sullenberger qui, grâce au montage, permet directement d’installer l’élément de la crise post-traumatique du 11 septembre qui traversera le film. Sully utilise à plusieurs reprises cette technique pour présenter la psyché du personnage. Cela permet notamment de montrer choc qu’a subi Sullenberger ou les doutes qu’il porte.

Une critique légère de la société

Un aspect positif du film est qu’il remet en question la société qui nous entoure. Par exemple, la télévision et son système sont tournés en dérision afin de critiquer la recherche infinie de sensationnalisme qui fausse et trouble le spectateur. Aussi, le thème du besoin d’un héros pour l’Américain lambda est très présent : nombre de fois Sullenberger se fait embrasser et le mot héros est très souvent utilisé.

Une histoire trop légère et vide pour en faire un film de 90 minutes

Mais hélas, l’histoire n’a pas assez de contenu pour en faire un film de 1h30 et cela se remarque dans le remplissage forcé des vides du métrage (et d’ailleurs Sully est le film le plus court de Clint Eastwood). Nous pouvons citer comme exemple la surutilisation de la scène du crash qui apparaît plus de quatre fois dans le métrage !  Certaines scènes font absolument tache, notamment la scène maladroite de l’enfance de Sullenberger qui amorce une introduction et ne la finit pas. Aussi ce syndrome se remarque dans la scène finale du procès où un simple échange entre Sullenberger et les juges suffit à l’acquitter alors que tout le film repose là-dessus ! Peut-être que cette histoire était trop maigre pour en faire un film.

Julien Beaud, Gymnase français de Bienne, 18 ans

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Castellinaria 2016 : les voix de la critique

fais_le_mort_afficheA l’occasion de Castellinaria 2016, festival du cinéma jeune public à Bellinzone, e-media a souhaité mettre sur pied un nouvel atelier pratique consacré à la critique cinéma. Organisé par les relais précieux de la TRIBUne des jeunes cinéphiles au Tessin (Manuela Moretti et Filippo Demarchi), il était destiné aux 16-20 ans. Douze membres de la TRIBU ou d’un jury y ont pris part.

A deux reprises, les jeunes ont visionné le court-métrage de William Laboury Fais-le mort, une sombre histoire de harcèlement entre adolescents qui s’achève sur un retournement inattendu. Entre les deux projections, le critique de la RSI Marco Zucchi a dialogué avec les jeunes, mis en évidence quelques qualités du film et détaillé sa propre pratique de journaliste de cinéma. Au final, chacun des jeunes a enregistré ses brèves impressions critiques du court métrage. Les résultats (en italien et en français) sont à écouter ICI.

 

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Festival de Locarno (17) – Un programme trop éducatif sur la Piazza Grande ?

Trois représentants de la TRIBUne des jeunes cinéphiles ont couvert le 69e Festival de Locarno comme de vrais journalistes. Le duo romand répond ici à une critique de la NZZ à propos des films proposés en soirée au public de la Piazza Grande.

Chatrian

La 69ème édition du Festival de Locarno achevée, revenons avec un peu de recul sur la programmation de la Piazza Grande, apparemment loin d’avoir fait l’unanimité.

C’est du moins ce que l’on peut croire en lisant le (long) commentaire signé Susanne Ostwald en page 15 de la NZZ du jeudi 4 août 2016 : Lektionen auf der Piazza Grande. À la tête de la direction artistique du festival depuis maintenant quatre ans, Carlo Chatrian (photo) est accusé de vouloir « éduquer » le grand public en choisissant de projeter sur la Piazza Grande des productions plus « difficiles ». À l’appui de cette accusation, l’auteur cite notamment comme exemple « un film originaire du Mozambique, concernant la guerre civile qui y fit rage », à savoir Comboio de Sal e Açucar de Licínio Azevedo (photo ci-dessous) ou encore le film Poesía sin fin d’Alejandro Jodorowsky.

Comboio

Le premier élément susceptible de provoquer l’incrédulité du lecteur est le fait que Comboio de Sal e Açucar fut projeté en première mondiale pas moins de 6 jours après la sortie de l’article et le film présenté à la presse la veille. Sur quoi se base donc Susanne Ostwald pour écrire que ce film n’est pas adapté au grand public ? Le simple fait qu’il traite d’un conflit dont Monsieur Tout-le-monde ignore l’existence peut-être ? C’est un peu léger, surtout que le film, a posteriori, lui donne tort, puisqu’il nécessite à peu près autant de prérequis historiques qu’Un nouvel espoir demande de connaissances en géopolitique galactique. Certes, il n’est pas question d’un blockbuster à la Jason Bourne, également au programme du festival. Mais il s’agit d’un film qui, bien que sensé être focalisé sur un groupe – le réalisateur dit avant la projection que le protagoniste est le train tout entier – ne peut s’empêcher de se concentrer sur un personnage en particulier afin de faciliter l’identification du public et de rajouter, entre autres éléments inutiles au propos, une déchirante histoire d’amour qui tombe par ailleurs comme un cheveu sur la soupe.

Cette méprise de Susanne Ostwald quant au caractère prétendument « auteuriste » de Comboio de Sal e Açucar montre une fois de plus qu’il n’est pas possible de critiquer un film avant de l’avoir vu.

Parmi les innombrables paramètres qui entrent en ligne de compte dans la réalisation d’un film, aucun ne peut-être considéré comme garant de quoi que ce soit une fois l’œuvre achevée. L’histoire du cinéma nous montre que même un réalisateur couronné de lauriers ne peut pas garantir un succès public. Un exemple célèbre est celui de William Friedkin : sa double réussite avec The French Connection et The Exorcist a été suivie du désastre au box-office de Sorcerer.

D’où l’absurdité de la réflexion de Susanne Ostwald, qui déduit le caractère grand public ou non d’un film en se basant simplement sur son postulat de base et son origine.

Cette imprévisibilité semble d’ailleurs inhérente au cinéma. C’est un art et par conséquent il reste humain et si complexe qu’aucun esprit ne peut prédire à quoi ressemblera un film.

vincentRevenons à Poesía sin fin. Cette œuvre n’est effectivement pas destinée au grand public mais l’auteure de l’article omet de préciser qu’elle fut projetée à minuit, après le film Vincent de Christophe Van Rompaey (photo ci-contre). Or, s’il y eut bien un film accessible à tout le monde, ce fut ce Vincent avec Alexandra Lamy. Par souci de clarté, il ne laisse en effet aucune place à l’implicite. Typiquement, deux personnages discutent : l’un veut convaincre l’autre de l’emmener à Paris, ce qu’il finit par accepter. Quelques plans plus tard, les deux personnages sont dans une voiture filmée en passant à côté d’un panneau « Bienvenue en France ». S’en suit peu après un plan panoramique de Paris avec la Tour Eiffel au centre. À l’intention de ceux qui auraient encore des doutes quant à l’emplacement de l’action, une blague désopilante concernant les touristes qui pensent que la Tour Eiffel est visible de chaque fenêtre de Paris ne se fait pas attendre…

Quel aurait donc dû être le choix de Carlo Chatrian ? Ne projeter que Vincent ? Le présenter en premier, afin que le grand public puisse s’en aller ensuite s’il n’était pas intéressé par Poesía sin fin ne suffisait-il pas ? Aurait-il fallu qu’il ait l’exclusivité de la soirée ou qu’un autre film du même type soit projeté ensuite ?

Susanne Ostwald s’inquiète que la popularité du festival diminue à cause des films soi-disant inadaptés à un large public. Le mieux reste peut-être alors de lui demander directement ce qu’il en pense : quel film a donc remporté le prix du public ? Jason Bourne ? Vincent ? Non, I, Daniel Blake de Ken Loach, pas tout à fait un blockbuster

Il serait donc peut-être temps que l’élite journalistique zurichoise cesse de prendre le grand public – et en particulier la jeunesse qui, par ailleurs, a droit à tout un paragraphe rien qu’à elle dans cet article – pour un unique groupe de décérébrés avides de viande hollywoodienne et de montages charcutés.

Marco Labagnara et Luca Moessner, 18 ans, Gymnase de Morges

 

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