Good Time, de Josh et Benny Safdie – Des prestidigitateurs ?

Honnêtement, je ne sais pas ce que j’ai vu ce soir-là… Benny et Josh Safdie nous livrent Good Time, un ovni dans le paysage audiovisuel d’aujourd’hui. Bien que le synopsis ne m’emballait pas plus que ça, je n’ai pas pu décoller mes yeux de l’écran : la photographie, la mise en scène, la musique m’ont tenu en haleine durant la totalité du film, malgré une écriture sans surprise.

Dans la théorie, un film avec une bonne histoire soulève une thématique et l’exploite de fond en comble, soulevant des questions chez le spectateur. Ici, Good Time nous livre une histoire touchante mais banale de deux frères braqueurs. Le plus jeune, Nick (Ben Safdie), handicapé mental, se fait arrêter et son frère n’a alors qu’un objectif : sortir son frère de là. S’en suit donc une nuit où Connie, le grand frère interprété par Robert Pattinson, rencontre diverses personnalités des bas-fonds de New York. L’histoire a son lot de moments émouvants, touchants, drôles, mais ne parvient pas à surprendre son public.

Malgré cela, l’image est soignée et les ambiances reflètent parfaitement New York, lui donnant alors toute son importance. Les lumières et couleurs utilisées donnent une profondeur à l’image vraiment agréable. La grande majorité des scènes baignent dans les néons rouges, verts et bleus, des lieux les plus glauques de la grande Pomme. A cela s’ajoute la puissance du cadrage, dévoilant chaque détail et expression dans un mélange de couleur vive et d’obscurité.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour laisser la place aux acteurs s’exprimer… Et ça prend ! J’ai vu à l’écran un Robert Pattinson phénoménal, dirigé d’une main de maître au milieu de caractères intéressants et travaillés. La mise en scène nous transporte et nous saisit, prenant alors le premier rôle, devant le récit principal. De plus, les dialogues ont de l’espace, le doute de chacun des personnages sur ses actions est visible à travers tout le film, faisant alors douter le spectateur de sa propre appréciation de chacun des personnages.

Enfin, comment ne pas évoquer la bande-son qui, au premier abord, semble complètement hors-sujet. Puis les rythmes s’accélèrent, se cassent, jouent avec le découpage et le montage de chaque scène. La musique techno utilisée durant le métrage apporte un certain contraste avec les ambiances de la ville, ce qui n’a pour effet que d’embellir davantage chaque image et de jouer avec nos émotions, laissant planer autant de doutes, de stress et d’incompréhension de l’action que le jeu des acteurs.

Entre les rencontres que fait Connie le long de son aventure, les ambiances portées à l’écran d’une main de maître ainsi que la bande-son frisant le génie et la folie, Benny et Josh Safdie nous dépeignent un New York profond et mouvementé à travers une histoire banale mais touchante. Le travail accordé à l’esthétique porte à lui seul le film… Alors est-ce un résultat de génie ou simplement une écriture maladroite camouflée par des artifices dignes des plus grands prestidigitateurs ? Honnêtement, je ne sais pas ce que j’ai vu ce soir-là.

Lionel Arranger – 20 ans

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Good Time, de Josh et Benny Safdie

Tension et questionnement sont probablement les deux mots les plus descriptifs de Good Time. Connie (Robert Pattinson), un jeune New Yorkais, manipule et entraîne son frère Nick (Ben Safdie), atteint de retard mental, dans une course frénétique dans la criminalité. La situation se dégrade lorsque Nick, après un braquage qui a mal tourné, se fait emprisonner. Connie tentera d’aider son frère à s’évader, s’enfonçant dans une spirale infernale.

Le film s’inscrit dans un contexte de tension permanente : drames familiaux, manipulations, situations instables, criminalité, drogues. Ces thèmes sont soulignés par la bande-son électro expérimentale composée par Oneohtrix Point Never, qui plonge réellement le spectateur dans un monde conflictuel. Le film commence très lentement, le titre n’apparaissant qu’au bout de longues minutes seulement, pour accélérer follement au rythme de la course de Connie et finir de manière plutôt abrupte. Si le scénario nous laisse un peu sur notre faim, l’ambiance de ce monde, ressentie à travers l’esthétique des images, les couleurs aux tendances néons, les longs plans rapprochés des visages, la bande-son et le bon jeu des acteurs, est sans doute le point fort du film. Robert Pattinson incarne très bien son rôle. Regard froid et intense, sourire cynique, tous les détails collent parfaitement au manipulateur qu’est Connie.

Tout au long du film, les personnages sont confrontés à des situations périlleuses. C’est notamment le cas de Nick. S’il se laisse manipuler par son frère en début d’histoire, il finit par réaliser les véritables intentions de ses actes. Il accepte par la suite de se rapprocher à nouveau de sa grand-mère, de qui il s’était éloigné à cause de ce dernier. Connie est bien plus difficile à cerner de caractère. Il semble tenir en compte uniquement ses objectifs finaux, le menant à user de la manipulation à plusieurs reprises. Bien qu’il ait tenté de sauver son frère à tout prix, son réel but reste discutable : était-ce vraiment par amour ?

Ce film est rempli de violence, de rapports de domination et d’obscurité. Corey (Jennifer Jason Leigh), la petite amie de Connie, est prête à payer dix-mille dollars depuis la carte de sa mère pour aider son compagnon. Ray (Buddy Duress), criminel avec qui Connie devra coopérer, tourne en rond dans sa vie et consomme abusivement de l’alcool. Crystal (Taliah Webster), une jeune fille de 16 ans qui aidera indirectement les deux criminels, vit dans la pauvreté et son ancien petit ami est dealer. Finalement, Connie, après maintes pirouettes, se retrouve arrêté. La conclusion montre qu’aucun de ces personnages ne progresse réellement, à part Nick : il est difficile de s’en sortir dans le bas-monde de New York. Ce cri silencieux est représenté lors de l’arrestation de Connie, par le long plan sur son visage, le regard fixé dans le vide : il n’y a plus d’espoir pour eux.

Finalement, c’est la situation des personnages qui est présentée dans le film, à travers les détails de la mise en scène. L’histoire en soi n’a rien d’exceptionnel et se déroule sur une très courte durée. Il s’agit d’une éclipse, d’une immersion dans les conflits de ce monde où l’aspiration à une vie meilleure ne semble pas exister.

Olivia Leuenberger – 19 ans

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Good Time, de Josh et Benny Safdie

Good Time est un film intéressant et quelque peu déroutant. L’histoire, celle d’un braquage qui tourne mal, n’est pas des plus originales qui soit, mais le personnage principal, Connie (Robert Pattinson), captive. Ce dernier nous entraîne dans ses différentes péripéties pour sortir son frère Nick (Ben Safdie) de prison.

Les plans rapprochés, très présents dans ce thriller, ainsi que l’ombre quasi omniprésente hypnotisent le spectateur qui se retrouve inconsciemment à vivre le film aux côtés des personnages.

Ces derniers, tous issus du même milieu social, les banlieues new-yorkaises, sont tous, à leur tour, manipulés par Connie, qui les utilise pour tenter de sortir son frère de prison.

La petite-amie de Connie, Corey (Jennifer Jason Leigh) est très émouvante. Elle soutient son compagnon malgré le fait qu’il l’a apparemment déjà utilisée par le passé. Cette attache unilatérale est très représentative des relations de Connie avec son entourage en général. Malgré la disparition du personnage qui a lieu au début du film, Corey reste à mes yeux l’introduction de la vie relationnelle de Connie vis à vis d’autrui et reflète son comportement général, ce qui est très important pour comprendre Good Time.

Consciente ou non, la manipulation exercée par le personnage qu’incarne Robert Pattinson le rend antipathique. Pourtant, on se retrouve aussi parfois à ressentir de l’empathie pour lui qui ne veut au final que sauver son frère, en danger dans une prison “standard” malgré son handicap mental.

À la fin du film, Nick, en thérapie dans le but supposé d’une réinsertion dans la société, réalise qu’il a été utilisé par son frère idéalisé. Cette prise de conscience qui a lieu dans la tête d’un personnage qui n’a pas toutes ses capacités mentales est impressionnante et touchante.

En conclusion, la réalisation du film est finement effectuée, de par les gros plans mais aussi grâce à un intéressant jeu de lumière. Cette dernière est relativement absente dans le film mais lorsqu’elle est présente, elle ajoute une ambiance psychédélique grâce à des couleurs flashy. Les personnages, psychologiquement et narrativement, sont très bien pensés et malgré eux, très touchants.

Ismael Montandon – 19 ans

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Good Time, de Josh et Benny Safdie

A la fois réaliste et cliché, Good time rencontre un certain succès et nous fait mieux connaître ses deux réalisateurs Ben et Joshua Safdie, découverts en 2008 par la Quinzaine des réalisateurs. Ils accèdent avec Good Time à la compétition officielle du Festival de Cannes. Ce thriller suit dans les rues de New York le parcours de deux frères embarqués dans une spirale de l’échec, après un braquage qui finit mal. Semblable à Reservoir Dogs de Quentin Tarantino, le synopsis est typique des polars américains des années 1990, qui suivent avec empathie les ombres errant dans les bas-fonds des métropoles.

Le film dénonce les conditions de vie des banlieues dans lesquelles la loi du plus fort prend rapidement le dessus. Le personnage le plus marquant dans ce sens est celui de Crystal (Taliah Webster) qui n’est pas majeur, mais déjà confrontée à la drogue et aux violences de la rue. Tous les personnages secondaires sont prisonniers de cette spirale destructrice. Le personnage principal, Connie (Robert Pattinson), irresponsable, plein de conflits intérieurs est déterminé à sortir son frère Nick (Ben Safdie) de prison. C’est en réalité un voyou qui navigue entre les combines minables pour se sauver de ses magouilles. Il est persuadé de vouloir venir en aide à Nick, mais quel est son réel but ? Cupide et aveuglé par l’action, chacune de ses tentatives se révèle être un échec.

Le spectateur n’a pas le temps de respirer. La bande son électro rythme les gros plans qui placent le spectateur presque malgré lui à côté du protagoniste. La caméra embarquée l’entraîne dans les rues d’une ville qui ne semble exister que la nuit. On assiste à un tourbillon de manipulation : chaque personnage secondaire aide à ses dépens Connie, qui raconte à tous une version différente de la réalité. Traversée dans une course effrénée, la ville de New York devient un personnage à part entière.

Une structure proche de celle du court métrage

Les frères Safdie nous transportent, l’espace d’une nuit, dans un moment qui transforme la vie de nombreux personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires. Ils laissent percevoir au public qu’aucun d’eux ne sortira de ce milieu social. Seul Nick, soutenu par sa grand-mère, semble prendre conscience de sa condition. Les cinq premières minutes et les cinq dernières, dépouillées de toute hystérie, montrent l’évolution psychologique de Nick. Ce jeune homme handicapé mental est coincé dans un établissement spécialisé. Son plus profond désir est de retrouver Connie, ce frère qu’il idolâtre. Comme pour boucler la boucle, dans une structure de film assez standard, les cinq dernières minutes se déroulent à nouveau dans cet hôpital. Mais cette fois Nick prend conscience des manipulations de son frère et participe aux activités proposées par les accompagnants.

Il est préférable de se laisser porter par le film sans trop réfléchir à sa vraisemblance. La naïveté des personnages et la confusion des accidentés lors de leur évasion tirent le film vers l’absurde. De plus ces scènes et ces anti-héros donnent une sensation de déjà vu. Malgré tout, Good Time est un film intéressant dans sa structure et son rythme.

Malika – 19 ans

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Good Time, de Josh et Benny Safdie

Porté, au final, par la chanson “The Good and the Damned” de Iggy Pop, qui lui convient parfaitement, Good Time est vraiment intéressant et très réussi, autant esthétiquement que narrativement. Ce film est un véritable gouffre à émotions, en passant d’un état de tension à de la tristesse, avec des personnages entiers et émouvants.

Tourné dans les rues de New York, ce film est un thriller haletant très bien rythmé qui dénonce d’une façon suggérée la pauvreté de la population dans laquelle le crime semble devenir la seule option pour aspirer à une vie meilleure.

Connie (Robert Pattinson) est l’instigateur et aussi celui qui emmène son frère Nick (Ben Safdie), un colosse simplet, dans un braquage qui tournera mal. En crescendo, un changement s’installe en ces deux frères, Connie fait tout pour faire sortir son frère de prison en utilisant ses ruses et son côté manipulateur qui lui est propre.

Quant à Nick, il comprend que par le passé il a été enrôlé dans des histoires douteuses sans qu’il soit consentant et qu’il n’en est pas responsable. Le changement psychologique de Connie, qui deviendra un parfait anti-héros qu’on adore détester ou qu’on déteste aimer, fait de lui un personnage qui est tout de même très attachant, et qui attire de plus en plus la pitié.

De nombreux personnages se sont retrouvés à leurs dépens sur le chemin de Connie et l’ont aidé sans vraiment le savoir.

Good Time est un incontournable qui incite à la réflexion sur notre société actuelle. Les changements progressifs de mentalités des personnages et le rythme effréné le rendent prenant, il est plein de rebondissements et mérite une salle comble !

Bastien Sunier – 19 ans

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Good Time, de Josh et Benny Safdie

Good Time, réalisé par Joshua et Ben Safdie, est un thriller et un film policier américain en couleur qui a lieu à New York.

Les frères Safdie, réalisateurs de films indépendants, ont réalisé d’autres longs métrages qui se déroulent tous à New York comme «The Pleasure of Being Robbed» en 2008. Leur dernier long métrage met en scène Connie Nikas (Robert Pattinson) et son frère handicapé, Nick Nikas (Ben Safdie). Le personnage joué par Robert Pattinson va durant tout le film tenter de réunir la somme nécessaire pour libérer son frère, qui a été arrêté par la police après un braquage de banque. Pour finalement tenter de le faire évader, puisqu’il n’a pas le montant réclamé. L’histoire se déroule sur une courte durée dans la réalité des personnages, l’espace d’une nuit. Le film a reçu le Cannes Soundtrack 2017 pour sa bande originale composée par Oneohtrix Point Never. Cette musique intègre plus de vie dans chaque événement qui se produit, que ce soit dans le suspens que dans les moments touchants. Les multiples gros plans permettent au spectateur de se sentir à côté du protagoniste, comme s’il vivait absolument chaque moment, chaque sentiment avec lui, voire même à sa place. Ce film est triste car la situation de Connie ne semble pas pouvoir s’améliorer, comme si son destin était de s’enfoncer toujours plus profondément et d’embarquer dans ses embrouilles toutes les personnes qu’il croise. Alors que son but initial était de libérer de prison son frère handicapé. Il s’agit d’une relation surprenante. Connie passe pour le frère manipulateur et cambrioleur tandis que Nick passe pour le frère manipulé, parce qu’il est handicapé et qu’il ne s’en rend pas compte. En réalité, tout au long de l’histoire, on peut voir un amour inavoué évoluer entre les deux hommes.

Cela fait de ce long-métrage une belle œuvre attendrissante et triste.

Océane Margot – 18 ans

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Echos du Locarno Festival 2017 (17) Coup d’oeil sur des films suisses

Le festival de Locarno ayant pris fin, il est temps de dresser le bilan de la contribution suisse aux compétitions majeures de cette  70ème édition. Sans compter Ta peau si lisse de Denis Côté (co-production avec le Canada et la France), seuls deux films suisses étaient sélectionnés, l’un au Concorso internazionale, l’autre au Concorso Cineasti del presente. Voici une brève réflexion concernant ces derniers.

Concorso Cineasti del presente

Dene wos guet geit ou Those Who Are Fine, pour ceux qui préfèrent, est le premier long-métrage du réalisateur suisse Cyril Schäublin (photo ci-dessus). L’histoire est celle d’une jeune femme travaillant dans un service de vente par téléphone, qui utilise son expérience dans le domaine pour voler de argent à de naïves grand-mères. Elle se fait passer pour leur petite-fille et, par une habile méthode, parvient à leur soustraire des sommes de l’ordre de dizaines de milliers de francs. Un dialogue entre plusieurs personnages, qui n’apparaîtront plus jamais par la suite, nous apprend dans la première scène du film que la jeune femme va se faire arrêter. Si le réalisateur se permet de divulguer d’emblée la fin du scénario c’est, comme il l’a expliqué lui-même lors du débat qui a suivi la première projection, parce qu’il n’a pas d’importance. L’intrigue n’est qu’un prétexte pour parler de certains problèmes sociaux, comme la pauvreté et la superficialité de nos relations, l’informatisation de notre société et la place des aînés dans cette dernière. Soit, mais n’aurait-il pas été possible d’aborder ces thèmes au travers d’un scénario qui soit plus qu’un simple prétexte ? En plus de cette faiblesse, le film représente une sorte de cliché que l’on peut se faire du cinéma suisse : un film lent, où il ne se passe pas grand chose, sans beaucoup d’action, ni tension. Heureusement, le film parvient à utiliser ces « défauts » à son avantage. Pour faire rire par exemple, en les exagérant et en pointant le doigt dessus : la scène de l’arrestation est caricaturale, l’opération se déroule dans le calme, à l’amiable, il n’y a pas le moindre débordement. Le réalisateur parvient même à faire entrer  en résonance ce vide tant au niveau de l’intrigue que dans l’écriture des personnage avec la vacuité et l’austérité des relations humaines que le film critique. Ainsi, Dene wos guet geit n’est certes pas un film parfait, mais il sait tirer le meilleur de ses propres faiblesses et ne se prive pas d’une certaine dose d’autodérision. De plus, la mise en scène et le rythme imposés par le réalisateur sont particulièrement affirmés pour un premier long-métrage et son travail ne peut être que félicité à ce niveau.

Concorso internazionale


Goliath
, du réalisateur suisse Dominik Locher, provoque un sentiment mitigé. Il y un écart entre les l’idée de base, les intentions, que l’on devine bonnes, et un résultat qui n’est malheureusement pas à la hauteur de ces dernières. Le principal reproche que l’on pourrait adresser au film est qu’il ne sort presque pas de sa zone de confort, se contente de reposer sur ses acquis et ne parvient donc jamais à se libérer, à dépasser un certain niveau de conformisme par rapport à ce qui préexiste. Le matériau de base est pourtant intéressant : un jeune homme perd tout repère à la suite d’un incident qui remet en question son statut de mâle et plus particulièrement de futur père. Sa conjointe est enceinte depuis peu lorsque le couple se fait agresser dans un train. Le protagoniste se retrouve alors incapable de défendre la femme qu’il aime et sa progéniture face à un individu testostéroné. Ainsi dépossédé de son statut masculin, il décide de remédier au problème en s’inscrivant à un centre de fitness et en s’injectant des anabolisants. Commence alors une longue descente aux enfers, induite par les conséquences de ces pratiques dans son quotidien. L’espoir eût été que le film présente la même fougue et imprévisibilité que le protagoniste, mais il reste irrémédiablement sage. Toutefois, le film réussit tout de même à se différencier et par le thème qu’il traite. Alors qu’il est de bon ton, pour ne pas dire à la mode, d’exposer la pression sociale exercée sur les minorités de tout genre, Goliath montre quant à lui la fragilité d’un mâle blanc hétérosexuel au sein de cette même société et ses canons qui l’écrasent. Si les questions qu’il pose ne sont pas révolutionnaires – qu’est-ce que cela implique d’être un mari, un père ? – Goliath ne possède pas un mauvais fond. Il aurait seulement été préférable qu’il ose se l’approprier d’avantage et l’exposer d’une façon plus originale.

Si ces deux œuvres étaient représentatives du cinéma suisse actuel, il faudrait s’inquiéter pour son avenir. En effet, que peut-il en advenir si les films se contentent de leurs acquis, ou au mieux s’en détachent par la moquerie, sans néanmoins résoudre le problème ? Heureusement, cet échantillon étant infime, nous pouvons espérer que ce ne soit pas le cas et qu’un autre bel horizon se profilera.

Luca Moessner

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