NIFFF 2018 – “Toby dammit” : fantastiquement fantaisiste

Toby Dammit est l’un des trois courts métrages du film intitulé Histoires extraordinaires. Ces trois sketchs sont inspirés des nouvelles d’Edgar Alan Poe. Celui-ci raconte l’histoire de Toby Dammit un acteur dépressif, alcoolique et drogué qui arrive à Rome pour une interview et une remise de prix. Cependant, Toby ne se sent pas du tout concerné par ces événements et semble avoir l’esprit dans un autre monde.

Ce court-métrage représente à la perfection le style fantaisiste de son réalisateur Federico Fellini. Par une mise en scène au caractère artificiel ainsi que par des personnages aux traits exagérés et aux attitudes théâtralisés, Fellini nous plonge dans un monde totalement déjanté. En effet, les personnages sont grimés tel des acteurs de théâtre ce qui leur donne des allures caricaturales. Lorsque Toby Dammit s’enfuit de la cérémonie au volant d’une Ferrari il se retrouve dans ce qui ressemble étrangement à un décor de cinéma ou de théâtre ce qui renforce l’aspect fantaisiste et irréel de l’histoire.

Les couleurs accentuées et les jeux de lumière comme le clair-obscur sont aussi fantaisistes et créent une ambiance psychédélique. Fellini joue également avec les divers mouvements de caméra dont certains, subjectifs, positionnent le spectateur à la place du personnage. Nous pouvons exemplifier cela en rappelant la scène de la course effrénée du protagoniste avec la Ferrari qui, à plusieurs reprises, est filmée en caméra subjective.

Après avoir pris conscience de tous ces éléments, nous pouvons nous questionner sur la nature de l’environnement dans lequel évolue Toby Dammit : est-il le fruit de son imagination délirante ou est-ce la réalité ?

Margot Schneider – 20 ans

 

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NIFFF 2018 – “When the tree falls” : un monde d’innocence et de violence

Marysia Nikitiuk propose dans le long-métrage When the tree falls un récit captivant mélangeant violence et innocence. Elle emmène les spectateurs dans un voyage en Europe de l’est, dans un monde où la liberté pour les femmes n’existe pas, un monde où les rêves pourtant existent.

Le récit place l’audience dans les pas de Larysa, jeune fille au tempérament fougueux et impulsif. Elle vit à la campagne avec sa grand-mère au caractère strict et sa prétendue petite cousine de 5 ans très rêveuse, Vytka. Larysa souhaite à tout prix quitter cet endroit afin de s’enfuir avec son petit ami, Scar, impliqué dans des affaires criminelles. Elle est souvent prise dans des élans de fantaisie. Cependant, les circonstances de sa vie l’obligent à emprunter des chemins plus conventionnels et à sacrifier son côté rebelle. Vytka se voit attristée de la voir subir ces changements de trajectoire de vie.

Ce film oppose la thématique de l’innocence à celle de la violence de façon dichotomique. La petite Vytka semble vivre dans une bulle remplie de bonheur, d’innocence et de fantaisie. Les scènes filmées retranscrivent lucidement son point de vue, celui d’une fillette de 5 ans. C’est ainsi que les spectateurs suivent à l’écran ses craintes, la manifestation de son imagination, ses déceptions. Elle possède une certaine naïveté et pureté d’esprit qui lui fait voir le monde en rose. Larysa vit également dans une certaine fantaisie quelque peu différente de celle de Vytka. Larysa place tous ses espoirs dans sa passion amoureuse avec Scar, en négligeant tout aspect externe. Cela montre qu’elle vit également dans une sorte de bulle très éloignée de la réalité qu’elle devra confronter plus tard dans l’histoire.

En bref, ces deux protagonistes sont en quelque sorte déconnectées des évènements externes à leur bulle. En effet, si When the tree falls possède une certaine vision enfantine et fantaisiste, il possède également un côté plus froid et tranchant que les deux filles semblent ignorer au début. De fait, le monde « de dehors » est imprégné de criminalité, de violence, de discrimination envers les femmes. Il n’y a ainsi qu’à constater que Scar et sa bande d’amis commettent des gestes choquants et criminels. Ce monde est également rempli de violence indirecte et verbale. Ainsi Larysa possède une réputation de fille corrompue qui est connue et condamnée par tous. Elle se fait insulter par sa propre mère et grand-mère. Plus tard, elle n’aura plus de libre-contrôle sur ses choix de vie et devra respecter ce que les autres attendent d’elle. Sa naïveté fera place à une plus amère réalité.

En somme, When the tree falls parvient à mettre en images un récit captivant à partir de plusieurs points de vue tout en restant cohérent. Il fait ressentir intelligemment les différences de perspective entre chacun de protagonistes ; il passe ainsi agilement de la psychologie d’un personnage à un autre. Par exemple, le spectateur a l’impression de redevenir un enfant en entrant dans la vision de Vytka. Le film offre également une réflexion sur des thématiques lourdes sans que l’atmosphère du film ne soit plombée. Il mélange habilement sérieux et légèreté grâce à plusieurs piques d’humour enfantines.

Olivia Leuenberger – 20ans

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NIFFF 2018 – “Tigers are not afraid” : l’injustice d’un monde

Tout commence et tourne autour du conte, qui a une fonction éminemment éducative : apprendre à croire en l’avenir malgré l’injustice de la vie. À la suite de la disparition de sa mère, Estrella (Paola Lara), une jeune mexicaine, s’intègre dans un groupe de garçons, également orphelins, vivant dans la rue. Pour surmonter la situation et fuir la violence de ce monde, Estrella se réfugie dans son imaginaire : des fantômes, des vœux, des dragons… La jeune fille se lie d’amitié avec Shine (Juan Ramón López), petit délinquant à la tête du groupe qui tient tête au cartel local : Los Huascas.

Si l’histoire peut paraitre un peu basique – de jeunes enfants, seuls et innocents, luttant contre des entités plus fortes qu’eux – ce qui rend le film foncièrement différent c’est la mise en scène choisie par Issa Lopez. Les éléments fantastiques, tels que les dragons ou les tigres, sont utilisés comme guide et reste dans l’imaginaire des enfants. Ce ne sont pas ces êtres féériques qui vont sauver les jeunes de leur destin, mais bel et bien les actes de ces derniers. La magie ou les vœux leur donnent uniquement l’espoir et le courage d’avancer, encore et encore.

« Quand le monde extérieur nous assaille, nous oublions comment être un tigre, un prince ou un guerrier… », en effet quand les problèmes deviennent étouffants, l’identité, les principes ou encore les rêves se floutent pour laisser placent à des réactions et des raisonnements bien plus terre à terre, pour une simple survie.

Sur un plan formel, le film oscille, donc, entre réalité cauchemardesque et calme féérique. Cet équilibre fragile permet au spectateur de comprendre le manque de repère des enfants. Cet aspect peut également faire penser à un autre film hispano-mexicain de Guillermo Del Toro : Le Labyrinthe de Pan. Deux films où le fantastique ouvre les portes de l’univers mental et de l’imagination d’un enfant.

Tigers are not afraid est un conte à la fois féérique et réaliste qui souligne l’injuste d’un monde et les difficultés d’une vie. Au sortir du cocon et des doux rêves d’enfants, c’est un monde bien différent qui attend certains.

Malika Brigadoi – 20ans

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NIFFF 2018 – “The field guide to evil” : les déclinaisons du mal au travers de mythes

Huit court-métrages liés par un fil rouge – les différentes déclinaisons du mal – racontent des mythes de différents pays. Les récits populaires sont souvent réputés pour être terrifiants et sur ce point les réalisateurs n’y sont pas allés à la légère. Du sang, un mangeur de cœurs humains, des humanoïdes cannibales, un goblin et une chèvre. Étrangement, cette dernière qui n’a rien de menaçant aux premiers abords apparaît dans plusieurs de ces mythes. Cette présence n’est pas anodine car la chèvre ou le bouc possèdent, depuis les mythes grecs, une réputation de créature monstrueuse. Par exemple, la chèvre dans le court-métrage turc paraît comme un esprit démoniaque qui hante la vie de la jeune fille.

Malgré ce personnage qui revient à plusieurs reprises, les huit court-métrages sont totalement différents au niveau de leur style. En effet, cette anthologie a permis à des réalisateurs de différentes nationalités de pouvoir mettre en scène un des nombreux mythes populaires et cauchemardesques qui circulent depuis des siècles dans leur pays. La découverte des univers et des personnages qui composent chaque mythe nous permet d’en apprendre plus sur les imaginaires de ces différentes cultures. De plus, les histoires sont introduites par un petit texte explicatif qui amène un brin de lumière au caractère obscur des légendes.

Cependant, toutes les déclinaisons du mal qui sont censées y être représentées ne sont de loin pas toutes identifiables ce qui rend d’autant plus abstrait cet ensemble d’histoires populaires. Ces court-métrages n’ont, à vrai dire, presque rien en commun. Ce qui donne un rendu final assez délié et peu captivant. Cependant, les amateurs d’histoires obscures et démoniaques y trouveront peut-être un sens subtil.

Margot Schneider – 20 ans

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NIFFF 2018 – “Le 5e cavalier” : une web-série visuellement plaisante

LE 5ÈME CAVALIER est une web-série de neuf épisodes dont la durée varient entre 5 et 10 minutes environ. Elle est inspirée de faits réels et relate l’histoire d’une légende qui devient réalité. L’action se déroule en Suisse romande, entre Genève et Neuchâtel.

Étant donné qu’il est question de cavaliers et autres prophéties qui deviennent réalité, il a été nécessaire pour les réalisateurs du film de fournir une certaines quantités d’effets spéciaux, afin d’ajouter de la substance à leur mini-série.

Les réalisateurs travaillent régulièrement ensemble, et certains d’entre eux s’occupent spécifiquement d’effets spéciaux pour d’autres projets. Ainsi, il était évident qu’ils allaient mettre en avant leur capacité à intégrer des effets impressionnants et des costumes très bien réalisés.

Au visionnage des différents épisodes, le spectateur découvre des crashs d’hélicoptère, des monstres effrayants et des pouvoirs lumineux impressionnants. S’il ne se focalise pas spécifiquement sur les effets spéciaux, le spectateur va passer un moment agréable et va sans doute apprécier cette mini-selfie locale, dont le scénario un brin compliqué nécessite une attention particulière.

En revanche, il est vrai que par moment, certains effets sont peut-être à peine moins réalistes que d’autres, mais ils sont en large minorités. Par exemple, dans le première épisode, des grenades sont jetées d’un balcon sur un sol couvert de gravier. Fait étonnant, on remarque que des effets spéciaux ont été réalisé pour montrer les grenades tomber au sol, rebondir lentement sur les graviers et retomber un peu plus loin, ce qui paraissait défier les lois de la physique. La question se pose du pourquoi n’ont-ils pas jeté des vraies fausses grenades au sol, afin d’avoir un effet plus réalistes, mais cela relève vraiment du domaine du détail. De manière générale, les effets sont convaincants et justifiés.

Lorsque l’on prend le temps d’observer les costumes, on est très impressionné par leur réalisme. Ils prennent vie à l’écran, l’illusion est parfaite et vraiment bien réalisée ! En effet, la volonté des réalisateurs était bel et bien de créer les costumes, en utilisant le moins d’effet 3D possible. Par conséquent, les cavaliers sont des acteurs qui portaient les vrais costumes que l’on voit à l’écran. Qui plus est, l’obscurité omniprésente fait fondre les personnages dans le décor, ce qui a pour effet d’amplifier au centuple l’effet d’épouvante que ces cavaliers dégagent.

Tous les accessoires qui apparaissent dans la web-série ont été fabriqués, comme par exemple le livre de la prophétie, orné d’un squelette d’agneau. Les quatre grands sarcophages que l’on aperçoit durant le premier épisode et qui seront par la suite brûlés dans un crématoire ont aussi été entièrement mis sur pied. Tous les accessoires et les costumes, avec certains storyboards ainsi que des photos du tournage ont été exposés dans le cadre du NIFFF, au Temple du Bas, à Neuchâtel.

En conclusion, le travail fourni en amont pour cette mini-série est conséquent et cela se ressent à l’écran, malgré de très légers détails à peine moins réalistes. Visuellement, l’expérience vécue en regardant LE 5ÈME CAVALIER est très plaisante, bien que le scénario soit parfois un peu complexe à comprendre.

Ismaël Montandon, 20 ans

 

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NIFFF 2018 – “Carnivores” : de l’ombre à la lumière

Sam et Mona sont deux sœurs qui s’aiment mais que tout oppose. L’une a une vie de famille et réussit au niveau professionnel, l’autre enchaîne les castings sans résultats concluants et vient vivre chez sa sœur pour une période indéterminée. N’arrivant plus à gérer son équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie de famille, Sam commence à perdre pied. Mona qui est devenue son assistante est là pour la soutenir. Cependant, Sam disparaît du jour au lendemain sans laisser de trace. De son côté, Mona qui a toujours vécu dans son ombre se retrouve à devoir soutenir la famille de sa sœur dans cette épreuve. Après un an d’absence, Sam réapparaît soudainement dans la vie de Mona. Mais cette dernière commençait à s’habituer à cette nouvelle vie dans laquelle elle trouvait enfin une place plus en lumière.

Un documentaire sur le faucon, qui comme le coucou, prend le nid des autres, apparaît comme une parenthèse très significative au milieu de l’histoire de ces deux sœurs. Car en effet, nous pourrions comparer Mona au faucon. Cette dernière nourrit malgré elle une jalousie envers sa sœur qu’elle a toujours enfuie mais qui se révèle lorsque Sam revient dans sa vie. Elle n’avait jamais eu autant de succès et d’importance que depuis cette disparition. Enfin, elle sortait de l’ombre. Lorsque Sam prévoit son grand retour, Mona ne peut le supporter car cela signifie que tout va redevenir comme avant. N’ayant pas réussi à construire son propre « nid », elle s’est approprié celui de sa sœur.

Carnivores met en lumière la problématique de la comparaison de soi avec les autres qui amène toujours à avoir envie de ce que l’on n’a pas. En effet, la plupart du temps, cette tendance à se comparer n’apporte pas le bonheur mais uniquement de la rancœur et de la jalousie. Ce que Mona n’a pas réussi à faire c’est, se différencier de sa sœur et de construire sa propre vie. Bien que le dénouement de ce long métrage soit facilement prévisible, il reste tout de même touchant et laisse le spectateur pensif à propos des thématiques qu’ils abordent comme la jalousie ou la disparition.

Margot Schneider – 20 ans

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NIFFF 2018 – “Le 5e cavalier” : un scénario pour le moins obscure

Le 5e cavalier est une web-série fantastique réalisée par Kennocha Baud, Julien Dumont et JD Schneider, gagnants du concours lancé par le NIFFF et la RTS. L’équipe du film dispose d’une année et de 250’000 francs pour réaliser le pitch qu’ils avaient proposé au jury il y a maintenant une année. Le résultat est remarquable malgré un scénario un peu bancal.

Une opération de police qui tourne mal, quatre sarcophages retrouvés dans les sous-sol d’une maison, le livre des sceaux, les quatre cavaliers de l’Apocalypse, voilà les ingrédients clef de la web-série : Le 5e cavalier. Cette dernière commence sur des notes, on ne peut plus, américaines : des explosions, du sang, des armes et des morts. L’intrigue, elle, s’inspire de la religion chrétienne, plus en particulier de l’apocalypse de Jean, dernier livre du Nouveau Testament rédigée à la fin du premier siècle. Très probablement lors des lourdes persécutions contre les Juifs et les Chrétiens durant le règne de Domitien. Jean écrit qu’il existe un codex scellé de sept sceaux et qui peut être ouvert par l’Agneau. L’ouverture des premiers sceaux appelle les fameux cavaliers lâchant sur le monde une série de catastrophes. Dans la série, ces dernières sont réactualisée, au lieu de s’en prendre aux Eglises, anciens contre-pouvoir en place, le premier cavalier fait tomber le système financier en s’attaquant aux banques.

Le scénario peut sembler un peu flou. En effet, certains aspects de la narration sont un peu complexes à saisir. Pour ne donner qu’un exemple, l’auto-identification d’Elisabeth en tant que 5e cavalier est difficile à comprendre. Ce problème est probablement dû à la suppression d’une partie du flash-back montrant Elisabeth, enfant, dans son lit d’hôpital. Le pouvoir exacte du livre est également difficile à cerner. Lors du visionnement, le spectateur ressent un certain nombre de réécritures durant le processus de réalisation, ce qui rend également le scénario peu clair. En effet certains détails qui pouvaient trouver écho dans la suite de la série, deviennent superflus et inversement. Par exemple, une photo mise en évidence par un gros plan, peut laisser penser qu’Elizabeth est la fille du politique présent au début, mais en réalité il n’a qu’été un mentor pour elle. Le spectateur comprend mal le lien entre ces deux personnes et d’ailleurs lien ou pas lien, cela importe peu pour la suite du récit. Finalement, cette photo embrouille plus que ce qu’elle ne sert la série.

Ce problème de scénario est très probablement le plus gros bémol de la web-série. Le travail investi sur les décors, les costumes est énorme et amène un cachet remarquable à la web-série. La musique atmosphérique, elle aussi, donne du caractère aux images et au récit. Il est dommage que le récit pâtisse autant du scénario.

Malika Brigadoi – 20ans

 

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